Le strict miminum

Je continue à réfléchir sur les concepts de « bonne mère » et de « mauvaise mère » (ici et ici)… Je crois que je sais maintenant pourquoi je ne lis jamais de livres sur le sujet de la maternité en général… (J’ai fait une exception pour La première fois que…!) J’ai bien trop peur de me retrouver dans la définition de « mauvaise mère »! Je sais bien que sur le long terme, le déni, ça n’aide personne, mais… des fois c’est trop dur de se regarder en face.
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Quand je pense à mes responsabilités, je me dis que je ne peux pas être responsable de tout, tout le temps. Oui, ma fille n’a pas demandé à venir au monde et elle est extrêmement vulnérable, ça c’est indéniable, et je me le rappelle tous les jours. C’est une énorme responsabilité être parent, je le savais avant de concevoir. Mais on ne peut pas me tenir responsable de TOUT. Il y a des choses qui sont complètement hors de mon contrôle. Je suis un être humain. Je ne suis pas un dieu, encore moins une déesse. Je continue à apprendre à mesure que ma fille grandit et change. Je fais du mieux que je peux.
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Alors voilà, j’ai décidé de faire une liste du strict minimum que je devrais faire pour ne pas tomber dans la catégorie de « mauvais parent » (le pendant inclusif de « mauvaise mère », quoique je doute que les hommes aient envie de se retrouver dans cette catégorie!). Note à moi-même : Cette liste est loin d’être exhaustive : je l’écris simplement pour me rappeler que souvent, quand je trouve que je suis horrible, il y a des extrêmes que je ne franchis pas. Des fois, à force de toujours se faire dire qu’on fait toutte tout croche comme parent, on peut en venir à ne plus rien faire, ou encore à faire TOUT à l’opposé de ce que la norme sociale dicte (sans même y penser).
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J’aime mieux me ramener au neutre, pour ensuite être en mesure de recommencer à essayer de m’améliorer. Bon, ça c’est comment je me sens aujourd’hui, en 2014, avec UNE fille de deux ans. Je vais sûrement changer d’avis plus tard, selon les circonstances et avec l’expérience. Voici quand même ma liste.
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Le STRICT minimum, pour moi, en ce moment, c’est :
  • Alimentation – Si je n’empoisonne pas mon enfant et qu’il n’a pas de carences graves, ça va.
  • Période de jeu – Si je joue avec mon enfant pendant 20 minutes dans la journée, ça va. (Je commence petit! S’il y a une journée où ce n’est pas possible, je fais au moins le double la période de jeu le lendemain.)
  • Expression de l’amour – Si je lui dit que je l’aime une fois par jour, ça va. (Il y a des journées plus difficiles où il n’y a pas vraiment d’occasion de le faire. Pour ces journées-là, je peux lui dire que je l’aime pendant son sommeil. C’est beaucoup moins efficace comme communication, mais pour ces journées-là, c’est mieux que rien.)
  • Milieu de vie – Si mon enfant a au moins une surface propre où dormir et une pour manger, ça va.
Ça, c’est le strict minimum. Le but, c’est d’aspirer à mieux, tout en m’assurant de lui offrir au moins le strict minimum.
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Je peux imaginer que ma liste choque certaines personnes. Elle me sert surtout à conserver ma santé mentale, dans le but de devenir une meilleure mère pour ma fille. Vous en pensez quoi?
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Fonder une famille – réflexion

Alors voilà, je n’ai plus de grands-parents. Ma grand-mère s’est éteinte il y a une semaine. C’est un deuil à faire, et cela m’a replongée dans certaines réflexions que j’avais amorcées il y a un moment.

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Adieu Grand-Maman (titre non officiel), par Marianne Houle

Quand ma fille est née et que je me suis retrouvée au fond du précipice de la dépression, j’ai exploré quelques pistes. Je me suis rendu compte que pendant ma grossesse, et même avant, je n’ai jamais pris le temps de rêver ma maternité, ni même essayé de l’imaginer. J’étais toujours angoissée par tout plein de possibilités négatives, comme la possibilité que je sois infertile quand on essayait de concevoir (ça a pris 20 mois), ou la possibilité de faire une fausse couche, ou encore la possibilité que mon enfant naisse avec un bras dans le front…! J’exagère, mais c’est pour illustrer le fait que mon imagination créait toutes sortes de « probabilités » futures, que je transformais rapidement en angoisses (peu importe le degré de réalisme de ces fruits de mon imagination).

Mon exploration m’a menée à m’intéresser à un atelier nommé Reflet des générations, qui est offert par l’organisme communautaire Entre-mamans, situé dans Hochelaga. Au cours de cet atelier, nous (les participantes) avons parlé de notre environnement familial, de comment ça se passait dans notre famille immédiate quand nous étions petites, de nos relations avec les membres de nos familles éloignées… Nous avons même fait des génogrammes de nos familles! Un génogramme, c’est comme un petit arbre généalogique, mais qui indique les liens affectifs et psychologiques entre les différents membres de la famille. En voici un exemple. Le fait d’avoir une vue d’ensemble de ma famille et des différents rôles de chacun m’a fait comprendre beaucoup de choses et m’a aidée à construire une réflexion plus poussée sur le concept de la famille en général et de la mienne en particulier. Ça m’a aussi aidée à me positionner comme mère et à mieux comprendre mes forces et mes faiblesses. Si l’atelier vous intéresse, la session d’automne commence le mardi 11 novembre (cherchez « générations » dans la page).

Ça, c’est mon expérience à moi. J’ai fait un long bout de chemin dans le déni avant de commencer à réfléchir à la mère que je voulais être, et ça, c’est MON problème. Mais je crois tout de même que dans le monde dans lequel on vit, on n’a pas beaucoup d’espace pour se poser ce genre de questions (et encore moins y répondre!) :

  •  De quel milieu familial viennent mes parents?
  •  Quelle a été mon expérience en tant qu’enfant?
  • Quel genre de parents ont été mes propres parents?
  •  Qu’est-ce que je veux transmettre?
  •  Pourquoi je veux un/des enfant/s?
  • Quel genre de parent j’aimerais être?

Ce sont des questions qui touchent des sujets importants. Dans un monde idéal, j’ai l’impression que tous les gens qui veulent des enfants devraient faire une réflexion de ce genre. Comme dit Chantal Lavigne, « Préparer la venue d’un bébé, c’est plus que de décorer une belle chambre. » « À mon avis, ce qui importe c’est de prendre position, de se situer et de définir les valeurs de la famille que vous êtes en train de construire. »* Selon moi, l’idée, c’est de réfléchir à ce que vous voudriez. Ce n’est pas obligé d’être bien défini, vous n’avez pas à trouver des réponses à toutes ces questions, ça peut changer en cours de route, vous pouvez même décider de faire le contraire, en fin de compte! Mais je crois que c’est important de se poser ce genre de questions. Surtout si vous les fuyez. (Bon, c’est sûr que si mes questions vous angoissent et que malgré toute votre bonne volonté, vous n’arrivez pas à y réfléchir et que ça vous fait plus de mal que de bien, oubliez ça! Mon objectif, ce n’est surtout pas de vous mettre plus d’angoisses dans la tête. Au pire, gardez cette réflexion pour plus tard.)

Dans mon cas, je fuyais (inconsciemment) ces questions parce que j’étais persuadée que toutes les réponses que je trouverais me prouveraient que je serais la pire mère au monde. Je ne me laissais aucune place pour réfléchir et pour m’améliorer. C’est maintenant que je me rends compte que c’est très important, la réflexion, quand on veut devenir parent ou qu’on est sur le point de le devenir. C’est beaucoup plus important que tout ce que vous pourriez acheter pour le bébé! Comme le dit Marianne Prairie dans le livre La première fois que… « La préparation intensive peut être un bon antidote à l’anxiété, mais vous préparer ne devrait pas vous rendre anxieux. Vous n’avez pas besoin de tout avoir, tout de suite. La seule chose obligatoire, c’est le siège d’auto pour que vous puissiez sortir de l’hôpital ou de la maison de naissance. » (La réflexion aussi, c’est important, mais pas au point de vous faire faire des crises d’angoisses.)

Alors, quel genre de famille aimeriez-vous fonder? Est-ce que ce genre de question vous angoisse ou vous stresse?

* Par contre, je ne suis pas d’accord avec elle au sujet du mur de briques. Selon moi, un mur de briques, ça isole.

Lettre à ma fille

Poupinette chérie,

Si tu lis ceci, c’est que tu as lu ou que tu t’apprêtes à lire mes billets de blogue.

Tout d’abord, je tiens à te dire une chose : Je t’aime. À cause de la fréquence des émotions négatives ou des expériences difficiles qui parsèment ce blogue, ça se pourrait que tu en doutes. Je veux que tu saches que tu n’as absolument rien à voir avec ma dépression ni avec mes difficultés. Absolument. RIEN. À voir. Ce sont MES démons, MES difficultés d’adaptation, MES entêtements qui m’ont menée ici. J’ai fait tout ce que j’ai pu pour éviter que ça t’affecte. Entre autres, j’espère que ma dépression n’a pas eu trop d’effets sur toi.

En fait, il faut que je replace mes écrits dans leur contexte. Je suis devenue mère dans un milieu où la maternité est considérée comme une expérience magique qui n’a que de bons côtés. J’aurais dû savoir que ce qui m’était décrit était trop beau pour être vrai! Selon moi, la maternité a ceci de commun avec toutes les autres expériences humaines : il y a du bon et du mauvais, du facile et du difficile, de la joie et de la tristesse. C’est une expérience très intense, alors le bon est souvent extrêmement bon, et le mauvais, extrêmement mauvais. Pourtant, il y a encore plein de gens qui se bornent à ne parler que du bon et, surtout, qui gardent le mauvais tapi au fond d’eux, comme un secret dont ils ont honte. Le problème, c’est que lorsqu’on est confronté à l’extrêmement mauvais, on se dit qu’on est un mauvais parent parce qu’on n’aime pas l’extrêmement mauvais…. Mais ça n’a rien à voir! On peut très bien trouver certaines parties de la parentalité très difficiles sans que ça veuille dire qu’on est un mauvais parent ou qu’on n’aime pas son enfant! Mes textes sont souvent une réaction à cet état des choses actuel.

Alors voilà, je tiens à terminer en te disant que je t’aime. Tu es une petite fille fantastique, pleine d’imagination et de vivacité. Parmi mes moments préférés avec toi, il y a :

– Quand on lit une histoire collées-collées

– Quand tu me fait un câlin et que tu me tapotes le dos

– Quand tu souris ou que tu ris

– Quand tu danses

– Quand tu es surprise et que tu dis « Oh! » à répétition

– Quand tu t’élances dans une pile de linge comme si c’était une pile de feuilles d’automne

– Quand tu es toi

Merci d’être là.

Maman

Communautés de mamans

J’ai déjà glissé un mot sur le forum de mamans que je suis depuis plus de deux ans. Mon premier billet était très court et très positif, parce que 1- Je m’occupais d’un bébé de six mois, et 2- Ce forum m’a apporté beaucoup de positif. Encore aujourd’hui, j’écris presque chaque jour à ces mamans; elles font partie de ma vie et je les adore!

D’un autre côté, ça fait un bout de temps que je voudrais aborder un aspect moins positif des forums et des groupes de mamans, mais que je ne sais pas trop comment l’exprimer. Je vais y aller de front, puis je vais nuancer. Je commence par une citation du livre La première fois que… écrit par Marianne Prairie, dont je suis une groupie finie.

« Beaucoup de nouvelles mamans se mettent énormément de pression pour que leur vision idéalisée de la famille se matérialise. Certaines d’entre elles t’écrasent de leurs principes en béton pour se sentir plus légères. J’ai malheureusement l’impression que beaucoup de ces femmes se tiennent dans ces groupes parce que c’est la meilleure chose qu’elles peuvent accomplir. Perdre mon poids de grossesse, check. Stimuler mon bébé, check. Avoir une attitude passive-agressive, check. »

« J’ai vu trop de parents s’ériger les uns contre les autres en posant des jugements comme des briques autour d’eux. Ce sont des forteresses imaginaires qui protègent, certes, mais qui isolent aussi. À un moment donné, j’ai été obligée de donner un bon coup de masse dans la mienne pour que l’air puisse y entrer. Depuis, je réutilise les débris pour construire des ponts. »

Bon, en partant, je tiens à dire que je ne suis pas aussi catégorique qu’elle au sujet des groupes de mamans… mais je trouve qu’elle n’a pas tort. Avant de m’expliquer, je vais faire une distinction que je trouve importante. Pour moi, il y a trois sortes de groupes de mamans en ligne (je vais me limiter à ça, c’est ce que je connais!) : les groupes fermés, les groupes ouverts avec inscription et les groupes ouverts à tous. En règle générale, dans les groupes fermés, les femmes ne sont pas là exclusivement pour dire des énormités et passer des jugements hâtifs à gauche et à droite. Oui, ça arrive, mais ce n’est pas pour ça qu’elles s’inscrivent; c’est pour partager une expérience similaire (la grossesse et la maternité) et échanger sans avoir honte (des trucs pour soigner des hémorroïdes de la mort? check. héhéhé…). Les femmes utilisent leur compte personnel et apprennent à se connaître, alors c’est (un peu) moins propice à se bitcher sans se demander comment le message va être reçu.

Dans les groupes ouverts avec inscription (les groupes où les publications sont visibles par tous mais pour lesquels il faut s’inscrire pour publier), il y a un peu plus de risques de dérapage, mais comme il faut s’inscrire et qu’on n’a pas envie de se faire considérer comme « la fille qui a dénigré cette autre fille qui avait juste besoin de soutien », c’est plutôt rare (enfin, c’est mon expérience). Personnellement, je n’ai pas vraiment trouvé de groupes de ce genre qui me plaisait.

Dans les groupes ouverts à tous, n’importe qui peut publier n’importe quoi. Par exemple, si une mère dit qu’elle a pris cinq jours de congé avec son chum, sans bébé, parce qu’ils avaient vraiment besoin de se retrouver et que leur couple était au bord de la rupture, une autre peut (techniquement) dire que « sa na pas d’alure, d’abandoner son enfant de meme pis de le domper dans une gaderie pendant qu’elle se paye du luxe pour une semaine ». Ces deux personnes ne se connaissent pas; elles n’ont aucune idée des circonstances de vie de l’autre; elles ne « perdent » pas de temps en nuances et en réflexion… C’est le même principe que pour la plupart des commentaires qu’on trouve habituellement dans Internet, mais en mille fois plus intense étant donné le caractère personnel des sujets et le potentiel d’émotions (exponentiel!) de la maternité.

Cela dit, ce que j’ai trouvé très difficile, dès ma grossesse, c’est le degré de jugement qui s’abat sur toi quand tu tombes enceinte, et qui s’empire à mesure que ton bébé grandit. Je comprends pourquoi : Il faut s’occuper d’un autre être humain que soi-même, et c’est beaucoup de responsabilités. Mais tout de même, je trouve le jugement d’autrui un peu trop intense envers les parents. Et dans les groupes de mamans, souvent, tu te retrouves avec le jugement de plusieurs dizaines de mères en même temps. À un moment donné, ça peut devenir étouffant.

De plus, il y a certaines personnes qui ont tendance à le prendre personnel quand on ne fait pas la même chose qu’eux. Mais vraiment personnel. Comme si on leur flanquait une claque en pleine face et qu’on leur disait : « Ce que tu fais, là, c’est horrible. MOI je ne fais pas ça. » Si je fais quelque chose différemment d’une autre mère, ça ne veut pas dire que je pense qu’elle devrait vraiment changer sa façon de faire. PAS DU TOUT. Ce que que je fais, ben je le fais POUR MOI. Ce n’est pas une critique de ce qu’elle fait. (En plus, au début, on teste tellement d’affaires et on ne sait pas du tout où on en est!) De l’autre côté du spectre, il y a les personnes qui sont incapables de se remettre en question. Tout ce qu’elles font est irréprochable, et personne ne devrait les remettre en question, JAMAIS, même si la remise en question est nuancée, et gentille, et amenée de la façon la plus douce possible. (Bon, il y a des limites à remettre les autres en question aussi, hein! Avant de remettre en question les actes d’autrui, faut se demander comment on prendrait ça, nous, si quelqu’un nous disait quelque chose de similaire…)

Et je constate aussi que certaines personnes « se mettent énormément de pression pour que leur vision idéalisée de la famille se matérialise ». Ça donne beaucoup d’articles et de billets à saveur de nanane chimique, sans aucun agent naturel. C’est le fameux « J’me peux pus d’être comblééééée »! (Dans mon cas, ça a souvent davantage ressemblé à « J’me peux puuuuuus » tout court! Héhé…)

Mais malgré tous ces aspects plus négatifs des groupes de mamans, pour moi, les aspects positifs l’emportent en ce qui concerne les groupes fermés (où ce n’est pas tout le monde qui peut voir ce qu’on publie). Oui ça peut être difficile d’encaisser tout plein de jugements en même temps, mais c’est juste un condensé de la vie en général. Autant s’habituer tout de suite et se trouver des moyens de passer au travers. Oui il y a certaines personnes qui ont un côté harcelant ou qui manquent parfois d’empathie. Mais après un certain moment, on commence à mieux connaître ces personnes et à être plus au courant de leur circonstances. On est confronté à plusieurs réalités et plusieurs façons de faire, ce qui peut être très enrichissant! Et le sens de la communauté qui se dégage de ces rencontres improbables est assez touchant… Je vous invite donc à en essayer! Et si vous trouvez un groupe de mamans à votre goût, n’oubliez pas que :

1- L’expérience de mère d’une participante ne lui procure pas une spécialisation médicale, sociologique ou autre… Il est toujours mieux d’obtenir l’avis d’un professionnel pour certaines choses, et pour votre cas en particulier (p. ex. ce n’est pas parce que le médecin d’une telle a dit telle chose que cela s’applique nécessairement à vous)!

2- Lire sur les inquiétudes d’autrui, ça peut être angoissant. Prenez une pause ou laissez tomber le concept si ça ne vous convient pas. Ce n’est pas obligatoire, loin de là!

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Ooooh le beau cliché que voilà! 😉

La première fois que… Citations sur la grossesse et l’accouchement

Comme vous l’avez peut-être déjà deviné, je suis une fan finie de Marianne Prairie (voir ici, ici et ici)! Alors quand j’ai su qu’elle écrivait un livre sur la parentalité, j’me pouvais pus! J’ai attendu impatiemment la publication de son livre, intitulé La première fois que… Conseils sages et moins sages pour nouveaux parents, puis je l’ai dévoré (menoum menoum)! Et le résultat est à la hauteur de mes attentes! En vraie groupie, je vais vous titiller (ou harceler, hahaaaa!) avec des citations tirées de son livre…

À propos de la préparation en vue de l’arrivée d’un bébé :

« La préparation intensive peut être un bon antidote à l’anxiété, mais vous préparer ne devrait pas vous rendre anxieux. Vous n’avez pas besoin de tout avoir, tout de suite. La seule chose obligatoire, c’est le siège d’auto pour que vous puissiez sortir de l’hôpital ou de la maison de naissance. »

« Parlez

La solitude et le silence nourrissent votre hamster. »

« […] si toutes les remises en question persistent à la lueur du jour, vous empêchent de vaquer à vos occupations ou que l’insomnie vous tourmente nuit après nuit, n’hésitez surtout pas à consulter ou à en parler à votre médecin ou à votre sage-femme. »

À propos de l’accouchement :

« J’avais aussi ouï dire que j’allais être envahie d’un grand amour dès l’instant où je poserais mes yeux sur la chair de ma chair, si bien que j’oublierais les douleurs de l’enfantement. Peut-être même que des rayons de bonheur irradieraient du visage de mon nouveau-né, à moins que ce soit de mon entrejambe? J’m’en souviens plus. »

Pouahahahahaaaaaaaaaaa! Je vous ai-tu dit à quel point je l’adore? 😀

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Citations – La promotion de l’allaitement au Québec – 2 de 2

Voici la suite de mes citations préférées du livre La promotion de l’allaitement au Québec. Ces citations font davantage appel aux faits et à mon esprit pragmatique. Je trouve que la situation dans son ensemble n’a pas autant changé qu’on aimerait bien le croire à l’égard de la façon dont on traite les femmes et le sujet de la parentalité. Je trouve aussi que les multiples tabous et la tentative de minimiser la complexité du sujet de l’allaitement n’aident pas non plus à améliorer la situation. J’aime beaucoup le fait que les différents articles du livre proposent des solutions et des pistes de réflexion pour changer la situation actuelle, qui selon moi, est intenable.

Article intitulé Les médecins québécois francophones et l’allaitement, 1900-1970 : un discours à la fois autoritaire et ambigu par Denyse Baillargeon

Page 23 :

« Si, depuis une trentaine d’années, une proportion croissante de mères québécoises francophones allaitent, durant toute la première moitié du XXe siècle, elles ont été celles qui, comparativement aux femmes des autres groupes ethniques du Québec, nourrissaient le moins. Jusqu’aux années 1960, les franco-catholiques présentaient aussi les plus forts taux de mortalité infantile, une situation qui, avant la Deuxième Guerre mondiale, était en grande partie attribuable à la « grève de l’allaitement », comme l’exprimait l’un des médecins hygiénistes les plus connus de son époque. C’est d’ailleurs quand la mortalité infantile a commencé à devenir une véritable préoccupation sociale et nationale que les membres de l’élite médicale – médecins hygiénistes, pédiatres, membres des facultés de médecine – ont commencé à faire la promotion de l’allaitement, liant ainsi la question à celle de la survie du peuple canadien-français. »

Pages 38-39 :

« La propagande des médecins en faveur de l’allaitement maternel durant la première moitié du XXe siècle a donc pris des tonalités souvent ambiguës. D’une part, étant donné les dangers bien réels que l’alimentation au biberon représentait [à l’époque], on peut comprendre qu’ils y aient consacré de longs exposés, mais on peut aussi se demander s’il ne s’agissait pas d’une manière de mieux justifier l’importance de leur rôle auprès des femmes. À une époque où le corps médical cherchait à faire valoir son expertise auprès d’une population encore réticente à le consulter, la question de l’alimentation des bébés apparaissait comme une excellente porte d’entrée pour s’immiscer dans les familles – car si tous les bébés n’étaient pas malades, tous avaient besoin d’être nourris –, et s’imposer comme la référence en matière de bien-être infantile. Or, à ce chapitre, les médecins avaient certainement beaucoup plus à dire aux mères qui n’allaitaient pas qu’à celles qui allaitaient. »

Conclusion rédigée par Chantal Bayard

Pages 194-195 :

« [O]n tend à présenter une image de l’allaitement qui minimise les difficultés pouvant survenir. Ne pas parler des difficultés courantes liées à l’allaitement, et de la normalité de celles-ci, a d’ailleurs longtemps contribué à en propager une image idéalisée (Knaak, 2006, p. 413). […]

Étonnamment, le rapport des femmes à leur corps est le grand oublié du discours sur l’allaitement. Certes, on parle des seins, de leur fonction biologique principalement, mais très peu des représentations sociales du corps des femmes et encore moins de la relation très personnelle de chaque femme avec son corps. Pourtant, l’allaitement passe par le corps et celui-ci a une histoire – d’amour, de sensualité, d’indifférence, de souffrance, de violence, etc. – qui peut influencer la décision de nourrir au sein et la poursuite de cette pratique. […]

La tendance à négliger de présenter la diversité des expériences d’allaitement a longtemps été justifiée par l’idée que d’en parler de façon réaliste allait décourager les femmes de tenter l’expérience. Seulement, d’autres exemples, comme celui de l’accouchement, nous montrent que les femmes veulent être informées de ce qui les attend. »

Pages 196-197 :

« [S]i le gouvernement aspire à changer la norme sociale en matière d’alimentation au Québec, il devra proposer une vision qui tient aussi compte des dimensions sociales de l’allaitement et de la diversité des expériences des femmes à l’égard de cette pratique. Dans ce contexte, la réactualisation du discours s’avère donc incontournable. […]

Pour terminer, les campagnes de promotion de l’allaitement tendent à polariser le discours entre l’allaitement et l’alimentation à l’aide des préparations commerciales. Alors qu’ils sont les mieux placés pour informer les parents, les services de santé demeurent discrets lorsqu’il s’agit de transmettre ce type d’informations. Cependant, nous l’avons vu, un grand nombre de nourrissons consomment ces produits (à l’occasion ou tous les jours, de pair avec l’allaitement ou non) et les parents sont en droit d’être informés, de manière éclairée, à ce sujet (composition, types de lait sur le marché, sécurité du produit, etc.). Sans prétendre que ces choix sont équivalents, il serait judicieux de fournir davantage d’informations sur le contenu et la qualité des préparations. […]

[L]a sociologue Ellie Lee signale qu’au moment d’introduire du lait non humain du commerce dans l’alimentation de son […] enfant, le choix de la préparation peut susciter chez les parents de l’anxiété et de l’inquiétude en raison de la difficulté d’obtenir des informations crédibles, autres que celles fournies par les fabricants (2007, p. 305).

[…]

En déployant peu d’énergie à surveiller les pratiques de l’industrie et en ne la contraignant pas à offrir des produits plus sains, l’État laisse les coudées franches aux compagnies qui investissent des millions de dollar[s] en publicité pour attirer l’attention des mères en récupérant le discours de promotion de l’allaitement à leurs fins. »

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Citations – La promotion de l’allaitement au Québec – 1 de 2

J’ai enfin trouvé le temps de faire le tour de tous les bouts de texte que j’avais soulignés dans le livre La promotion de l’allaitement au Québec, comme promis! J’ai séparé les citations en deux billets, parce que c’est assez long! Ce billet rassemble les citations qui parlent plus à mes émotions, dans lesquelles je me suis davantage reconnue. Ça m’a fait tellement de bien de lire ces articles!

Article intitulé La promotion du soutien au femmes qui désirent allaiter : pour en finir avec la culpabilité par Manon Niquette

Page 92 :

« Dans une société obsédée par la production, qui offre peu de soutien aux familles et où le sein est hypersexualisé, les femmes qui allaitent doivent faire montre d’une endurance à toute épreuve pour contrer les obstacles qui se présentent à elles (Bortloff, 1990). […]

Allaiter n’est pas seulement l’affaire d’un choix ou d’une décision. Disons-le clairement, c’est un entêtement. »

Et moi j’ajouterais : C’est un entêtement dans le meilleur des cas. Dans le pire des cas, c’est une obsession qui tourne en tourbillon de désarroi.  

Pages 94-95 :

« Le manque d’information sur les difficultés pouvant se présenter durant l’allaitement en aurait amené plusieurs à abandonner ou à alterner avec des laits commerciaux (Kelleher, 2006). […]

Une politique de communication centrée uniquement sur la promotion de l’allaitement aurait pour effet de contribuer à l’augmentation des taux d’allaitement à la naissance, mais aussi à l’abandon précoce de celles qui, une fois seules devant les difficultés, se jugent à tort différentes des autres. […]

Comme on l’indique dans le rapport d’évaluation de la mise en œuvre des lignes directrices en allaitement maternel au Québec :

encourager l’allaitement sans garantir l’accès à un soutien adéquat en période postnatale équivaut à mettre en scène un scénario où les mères se retrouvent trop souvent en situation d’échec, avec un sentiment d’incompétence maternelle et les séquelles psychologiques délétères qui l’accompagnent (Semenic, Groleau et coll., 2012, p. 25). »

Page 102 :

« Concrètement, l’étude [Burns, Schmied, Fenwick et Sheehan, 2012] portait sur la construction discursive de l’allaitement et les représentations du lait maternel véhiculées par 76 sages-femmes australiennes au cours de leurs échanges avec des femmes qui allaitent. L’analyse critique du discours des sages-femmes a permis de constater que celui-ci était principalement centré sur la valeur nutritive du colostrum et du lait maternel, et ce, au détriment du processus d’allaitement lui-même. Cela aurait pour conséquence un glissement du discours sur l’allaitement vers l’univers sémantique de la production manufacturière des biens de consommation : dans un discours marqué par la biologie de la lactation, (Hausman, 2003), les femmes apparaissent comme des « opératrices d’équipement de production » peu informées et incompétentes. Les résultats de l’étude indiquent que l’approche disciplinaire et techniciste prévalant dans les pratiques de soutien aux femmes qui allaitent doit être remplacée par une démarche fondée sur la préservation de l’intégrité mentale et physique des femmes et respectueuse de la relation en voie de se créer entre elles et leur enfant. »

Page 104 :

« La bonne mère est celle qui fait passer les besoins de ses enfants avant les siens, a fortiori lorsque l’abnégation lui cause préjudice ou la place en situation de détresse. Par contraste, la femme qui décide de ne pas allaiter pour répondre à d’autres exigences s’expose au risque d’être jugée comme une mauvaise mère (Murphy, 1999). Comme l’explique si bien Chantal Bayard (2008, p. 70), la représentation de l’allaitement est paradoxale dans la mesure où celui-ci est vu à la fois comme un « devoir maternel » et comme un choix « libre » et « personnel ». Les conséquences de ce paradoxe ne sont pas anodines : une femme en détresse qui vit avec l’impression d’avoir délibérément failli à son devoir maternel risque de se retirer complètement de la vie sociale. Quand la culpabilité conduit à l’auto-exclusion, c’est que la personne est envahie par la honte. »

Article intitulé « Cachez ce sein que je ne saurais voir » : comment négocier l’allaitement dans l’espace public? par Chantal Bayard

Page 129 :

« […] il n’en demeure pas moins que les femmes sont sujettes à une certaine forme de stigmatisation lorsqu’elles allaitent dans l’espace public. S’il est vrai que notre société valorise l’égalité entre les hommes et les femmes, la frilosité à l’égard de cette pratique devrait nous préoccuper. D’autant plus que les femmes sont vivement encouragées à allaiter sous peine de sanction sociale (lire Desrochers et Renaud, 2013, dans cet ouvrage). Ros Branwell décrit bien ce paradoxe :

Such a society may both stigmatise individual mothers for not giving their infants the superior product of breast milk, whilst simultaneously stigmatising other women for exposing their breasts in public (2001, p. 95). »

 Article intitulé La promotion de l’allaitement : les représentations sociales paternelles par Francine de Montigny

Pages 160, 161, 170, 174 et 175 :

« Tel qu’érigé dans les diverses campagnes de promotion, le lait maternel est le meilleur choix, voire l’unique choix du parent bienveillant, désireux de donner ce qu’il y a de mieux pour son enfant.  [p. 160]

[…]

Globalement, l’information est centrée sur les avantages et la mécanique de l’allaitement. De multiples manières, le message transmis aux parents associe la qualité de la parentalité au mode d’alimentation de l’enfant. [p. 161]

[…]

Implicitement, la femme qui alimente son enfant autrement devient « la mauvaise mère » en opposition à celle qui allaite, la « bonne » mère (Bayard, 2012; de Montigny et coll., 2013; Holmes, Delgado et Perron, 2009). [p. 170]

La stratégie de promotion de l’allaitement s’impose aussi dans l’espace privé, lorsque tant les professionnels que l’entourage se permettent de donner leur avis à propos des décisions et des choix des parents. L’allaitement devient alors une obligation de se conformer à l’image de la bonne mère plutôt qu’un choix. À ce sujet, nos résultats de recherche indiquent que le discours social ne prédispose pas nécessairement les femmes à allaiter ou à le faire plus longtemps, mais plutôt à se méfier des professionnels de la santé. […]

Dans le même ordre d’idées, il y a lieu de mettre l’allaitement au centre d’un ensemble d’expériences et de fonctions parentales plus complexes. L’allaitement ne relève pas uniquement du corps de la mère; il est réducteur de ne considérer que la seule mise au sein. […] L’allaitement prend place, ou non, « dans un monde construit par le couple » (Houvouras, 2006) en fonction d’un ensemble de caractéristiques personnelles, contextuelles et interactionnelles […] » [p. 174-175]

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Deuil et beauté

Quand j’étais enceinte, j’étais absolument incapable de m’imaginer des moments positifs avec mon enfant à naître. Mon imagination s’emballait, et j’imaginais toujours le pire, comme un accouchement trop hâtif, un bébé en détresse, une maladie incurable et fulgurante, la mort d’un bébé…

Et là, je viens de découvrir ce blogue, Le marcassin envolé, écrit par une mère qui a eu à vivre cette expérience horrible de perdre son bébé alors qu’il n’avait qu’un mois. Malgré son deuil, elle réussit à écrire de si belle façon…

« Tu as fait des racines dans mon corps. Tu y as laissé des traces profondes. »

Je vous invite à la lire. Elle a une voix marquante. J’en suis encore toute secouée…

Livre – La promotion de l’allaitement au Québec

Je viens de terminer la lecture du livre La promotion de l’allaitement au Québec (publié par Les éditions du remue-ménage), qui analyse ce sujet délicat qu’est la promotion de l’allaitement sous plusieurs angles : c’est en fait une série d’articles tous plus intéressants les uns que les autres.

En attendant que j’aie fini de compiler mes citations les plus intéressantes tirées de ce livre, je vous offre une citation radio de l’une des deux directrices du projet (je n’a pas réussi à déterminer laquelle des deux parlait). L’entrevue radio (émission Medium large) est ici.

« Oui, [l’allaitement], c’est difficile… Mais devenir parent, c’est aussi difficile! C’est un apprentissage de vie incroyable… On part de « je n’ai que moi, moi enfant de quelqu’un d’autre » et tout à coup je deviens « moi, responsable de quelqu’un d’autre », et en plus je dois le nourrir. Donc, il y a cette difficulté-là [..] Je pense qu’en général, effectivement on va rencontrer des difficultés en tant que parent et peut-être qu’on n’en parle pas suffisamment. Mais ces histoires-là de persistance [en matière d’allaitement], je les trouvais belles à lire. »
Josiane Stratis de TPL Moms en a parlé ici et ici. Et l’excellent Planète F l’a fait lire à Annie Desrochers, compte-rendu ici. C’est fou comme le sujet de l’allaitement m’obsède ces temps-ci… Le sujet est tellement imbriqué dans mon apprentissage de la maternité et ma dépression, que j’y reviens sans cesse… J’espère que je ne vous ennuie pas trop avec ça!
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