Encore – 2/2

Voici la suite de mon billet sur la dépression. Je comprends tout à fait que ce n’est pas un sujet très attirant pour la plupart des gens, mais j’espère quand même que ces billets pourront servir à quelqu’un qui se pose ce genre de question.

1- Comment savoir si je fais une dépression post-partum? Ooooh toute une question! Mais je comprends tellement les femmes (et les hommes!) qui me la posent : c’est extrêmement difficile à évaluer. J’en avais déjà parlé ici. Personnellement, j’ai trouvé la vie avec un nouveau-né assez brutale. Le manque de sommeil écrasant, les cris presque constants, l’impression de n’avoir absolument aucune idée de ce que je fais alors que j’ai une vie humaine à ma charge, le tourbillon du quotidien, les besoins énormes du bébé (boire à toutes les heures, anyone?), le corps de la femme qui essaie de se rétablir de l’accouchement, et j’en passe… Tout ça pour dire que j’ai trouvé ça… brutal, c’est le seul mot qui me vient. (Ceci dit, il y a des parents qui vivent ça de façon beaucoup plus facile, et la plupart des parents trouvent ça intense, mais pas brutal, et c’est tant mieux!) Étant donné que c’est une période, disons, très intense, c’est donc vraiment difficile, à ce moment-là, de savoir si on est vraiment « anormal/e », parce qu’on est en plein processus d’adaptation à sa nouvelle vie (et même pour les mamans de plus d’un enfant, j’imagine qu’il y a une adaptation!). Je n’ai malheureusement pas de réponse one-size-fits-all à cette réponse… je n’ai probablement même pas de réponse tout court à cette question! Ça dépend vraiment de la personne. J’ai l’impression que le fait d’écrire comment on se sent chaque jour et de consigner tous les moments difficiles par écrit pendant une période déterminée pourrait aider à avoir une idée plus globale de son propre état. Plusieurs sources indiquent que si les symptômes durent plus de deux semaines (ici et ici), il est recommandé de consulter un professionnel de la santé : un/e psychologue, un/e travailleur/se social/e, un/e psychiatre (si possible! pas facile à trouver…) et/ou un médecin. Ça ne veut pas dire que vous faites nécessairement une dépression si ça dure plus de deux semaines. Mais si vous en faites une, c’est vraiment mieux que vous ayez un suivi professionnel rapidement, alors mieux vaut documenter votre état, pour avoir une vue d’ensemble de la chose, autant que possible.

2- Est-ce que c’est possible de faire une dépression pendant la grossesse? Oui! C’est ce que j’ai fait : une dépression périnatale. Ma dépression a commencé vers mon septième mois de grossesse, mais elle n’a été diagnostiquée qu’au quatrième mois post-partum. Malheureusement, historiquement, les médecins ont longtemps cru que ce n’était pas possible de faire une dépression pendant la grossesse… Et cette croyance est encore assez bien ancrée! Le fameux « toute femme enceinte est heureuse car elle donne la vie » est souvent sous-entendu. C’est faux. En fait, « [v]ers la fin des années 70 et au cours des années 80, les chercheurs ont découvert que bon nombre des femmes dépressives après la naissance de leur enfant l’étaient également pendant leur grossesse. » Si la déprime, la tristesse ou l’anxiété prend beaucoup de place pendant votre grossesse, parlez-en au médecin qui fait votre suivi. Il est censé s’occuper de votre santé de façon globale, ce qui comprend aussi votre santé mentale! Et n’hésitez pas à changer de médecin si vous n’obtenez pas de réponses ou que vous n’êtes pas satisfaite. En comparaison avec les médecins de famille, c’est plus facile de trouver un médecin qui fait des suivis de grossesse (j’aurais aimé savoir ça avant!).

3- Mais je ne fais probablement pas une dépression, vu que je ne pleure pas sans arrêt et que j’aime mon bébé? La dépression a de multiples visages. Moi, ce n’est pas la tristesse ou la déprime qui m’a frappée le plus souvent pendant ma dépression, c’est la rage. J’étais constamment enragée, et je n’arrivais pas à me contrôler. C’est comme si toutes mes émotions ne passaient plus que par un canal : la colère. Et je ne l’aurais pas admis, mais j’étais aussi extrêmement anxieuse. Ça, c’est MON histoire. C’est juste pour illustrer que le stéréotype de la femme prostrée, il n’est pas faux, mais si tu ne te reconnais pas dans ce portrait, ça ne veut pas nécessairement dire que tu ne fais pas une dépression. Comme disait une amie, les comportements qui s’écartent beaucoup de ce que vous êtes habituellement peuvent dénoter une dépression (ou un autre problème de santé mentale). Pour ce qui est d’aimer son bébé, ça n’a rien à voir avec l’amour qu’on porte à notre enfant. Ce n’est pas parce qu’on fait une dépression qu’on aime moins son enfant (ou ses enfants). Il peut y avoir un certain détachement, une perte d’intérêt, des difficultés d’attachement, des sentiments qui prennent beaucoup de place… Mais l’amour est toujours là. Il faut vous remettre sur pied pour être en mesure d’exprimer tout l’amour que vous portez à votre ou à vos enfants. C’est primordial.

Prenez soin de vous, les femmes…. Et les hommes aussi. Oui, c’est possible pour un homme de faire une dépression post-partum.

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Auteur : petitesvagues

Ma photo de profil est un dessin de la bande dessinée La petite patrie (Julie Rocheleau et Normand Grégoire)

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