Encore – 1/2

Tout d’abord, je tiens à préciser que ce billet est le premier de deux billets dans lesquels j’aborderai ENCORE la dépression. Désolée pour les personnes qui sont tannées d’en entendre parler, mais c’est un sujet qui m’obsède, et comme j’en parle beaucoup et que c’est un peu tabou, je reçois souvent des questions à ce sujet. J’ai décidé d’écrire brièvement sur les questions que j’ai reçues et sur les renseignements que je dois souvent clarifier. Je comprends tout à fait que ce n’est pas un sujet très attirant pour la plupart des gens (euphémiiiisme! on dirait presque que certaines personnes croient que c’est contagieux…), mais j’espère quand même que ces billets pourront servir à quelqu’un qui se pose ce genre de question ou qui se fait asséner ce genre de commentaire.

1- Quand on fait une dépression, on n’a qu’à prendre des médicaments, et hop, le tour est joué! Ce serait le fun que ce soit aussi simple, hein? Moi aussi, j’aimerais ça. Mais non, en général, la solution ne se limite pas à des médicaments. Dans mon cas, les antidépresseurs, ils prenaient six semaines à faire effet. Après six semaines, je ne me sentais pas mieux : il a fallu augmenter la dose. Une autre attente de six semaines. Finalement, il a fallu changer de médicament. Ça a été interminable, et quand t’es en train de dégringoler, chaque heure est douloureuse. Si je n’avais pas eu ma psychologue et mon entourage, je n’aurais pas survécu. Et oui, les médicaments m’ont beaucoup aidée (je tiens à le souligner, parce que l’idée, ce n’est pas de vous faire peur!), mais ils n’ont pas réglé le problème en tant que tel. Ils m’ont permis de me relever, mais ils ne m’ont pas empêchée de retomber. Et le corps s’habitue aux antidépresseurs, alors il y a des rechutes. J’ai travaillé pas mal fort sur moi-même pour essayer de comprendre ce qui m’était arrivé et m’assurer que je ne retomberais pas dans mes patterns. Je ne sais pas si j’ai réussi. Ça, seul l’avenir le dira, mais j’essaie de m’améliorer. Fort.

2- L’allaitement réduit les risques de dépression. Aaaah l’allaitement. Un autre sujet délicat. Je dirais que si ton expérience d’allaitement va (relativement) bien, oui, il y a des chances que tu aies une protection supplémentaire contre la dépression. Ça ne veut pas dire que tu es assurée de ne pas en faire une, par contre! Selon moi, le problème avec cette affirmation, c’est que bien des femmes ont des difficultés avec l’allaitement. Et les femmes qui veulent allaiter mais n’y arrivent pas ont droit au double de risques de faire une dépression. Tout ça, ça ne veut pas dire qu’il faut ou qu’il ne faut pas allaiter. Ça veut surtout dire qu’il faut s’occuper des femmes qui ont essayé d’allaiter, mais qui n’ont pas pu. Si vous en connaissez une et qu’elle semble vouloir en parler, je vous invite à lui demander de vous raconter son histoire. Ça pourrait lui faire du bien.

3- Tu as un beau petit bébé en santé, un chum présent, un congé de maternité d’un an, etc. : profites-en! Cette phrase part d’une incompréhension de ce que c’est, la dépression. Et dans le fond, c’est un peu normal, l’incompréhension : tant que tu ne l’as pas vécue, la dépression, c’est vraiment difficile à comprendre. (Et même quand tu l’as vécue, ça ne veut pas dire que tu vas comprendre toutes les situations d’autrui!) Personnellement, j’avais une situation considérée comme idéale par plusieurs (de mon point de vue, pas nécessairement idéale, mais très avantageuse, certainement). Je n’avais « pas de raison » de faire une dépression. Mais c’est ça l’affaire, avec la dépression : il n’y a pas réellement de raison d’en faire une. Ce ne sont pas des émotions « motivées » par une raison  circonstancielle (deuil, séparation, maladie, difficultés financières, trop de travail, etc.), tel qu’on le voit habituellement. C’est ton cerveau qui se détraque. Attention : je ne veux pas dire par là qu’il n’y a pas de problèmes sous-jacents à régler! Par exemple, dans mon cas, il y a une estime de soi à remonter et une meilleure image de moi comme mère à construire, parmi mes multiples problèmes à régler. Mais à la base, la dépression, ça ne se guérit pas à coup de « Je suis tellement chanceuse ». Un des problèmes avec cette maladie, c’est justement qu’on pourrait avoir une situation parfaite, et qu’on ne serait même pas capable d’en profiter! Ce n’est pas la même chose que la « déprime ordinaire » que tout le monde connaît, même si ça peut y ressembler beaucoup. La dépression, c’est une maladie bien réelle, assez difficile à diagnostiquer (selon moi!) et qui fait des ravages. En premier lieu, l’écoute et l’indulgence sont de mise. Si vous ne vous sentez pas à l’aise d’écouter, ce n’est pas grave, mais de grâce, évitez de sous-entendre que la personne n’a qu’à se reprendre en main. Oui, ça se peut que la personne ait effectivement à se « reprendre en main », mais c’est une des choses les plus difficiles qu’elle aura à faire, alors ça n’avance à rien de prétendre que c’est facile. Ce n’est pas aussi simple que pour une déprime passagère. La personne a besoin de soutien. Lui rappeler les éléments positifs de sa vie peut être une bonne idée, mais selon moi, l’écoute devrait passer avant. Et le soutien par de l’aide concrète peut être une excellente idée aussi.

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Auteur : petitesvagues

Ma photo de profil est un dessin de la bande dessinée La petite patrie (Julie Rocheleau et Normand Grégoire)

2 thoughts on “Encore – 1/2”

  1. Je préférais donner suite à ton commentaire sur mon blogue ici… Merci de partager ton expérience de la dépression. Ça m’éclaire et ça me fait réfléchir, notamment par rapport à la question d’un éventuel passage du deuil « normal » (qui peut comporter des symptômes dépressifs) à une dépression.

    1. Ooooh nooon… En écrivant ce texte, je me disais justement que ça doit être assez difficile aussi de départager deuil et dépression, parce que malheureusement j’imagine que c’est possible de faire une dépression à la suite d’un deuil :*(

      Je ne te le souhaite pas, Typhaine. Vraiment. Mais si c’est ça que tu vis, n’oublie pas que c’est tout à fait possible et normal d’avoir des sentiments ambivalents. J’ai l’impression que c’est une grosse partie des expériences de dépression des femmes que je connais qui en ont vécue une : le fait d’avoir des sentiments ambivalents et de ne pas savoir quoi faire avec ça. Par exemple, une femme pour qui ça a pris longtemps à concevoir son enfant, et quand l’enfant arrive, elle doute de sa capacité à pouvoir s’occuper correctement de cet enfant. Ou une femme qui a un bébé-surprise alors qu’elle avait des projets qu’elle doit abandonner, et en même temps elle ne peut pas en vouloir à ce bébé-surprise, il n’a rien demandé. Ou encore une femme qui est très heureuse d’être maman, mais dont la relation avec son conjoint se désintègre, ce qui fait qu’elle se sent coupable d’avoir mis un enfant au monde alors que tout indique qu’il aura des parents séparés (je n’ai pas dit qu’elle a raison de se sentir coupable! juste que c’est ce qu’elle ressent). Je n’ai pas vraiment de réponse à offrir à la question « Quoi faire avec ces sentiments ambivalents? », mais je sais que c’est correct d’avoir des sentiments ambivalents et de les vivre. Mais j’espère vraiment que ce n’est pas ce que tu vis.

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