Citations – L’album multicolore

La première fois que j’ai eu envie de lire L’album multicolore, de Louise Dupré, c’était en écoutant une conversation avec l’auteure sur le sujet de la mère. Mais c’est vraiment les citations sélectionnées que j’ai découvertes sur le blogue Le marcassin envolé (ici et ici) qui m’ont donné envie de lire ce livre. Comme la mère de l’auteure est le sujet principal de ce livre, la maternité est un sujet qui revient souvent. J’ai envie de partager avec vous des citations que j’ai aimées. Il faut savoir que c’est un livre où l’auteure explore le deuil de sa propre mère, d’une façon tellement personnelle et universelle… Et avec une écriture simple et touchante. J’ai adoré!

« Elle s’assoit dans le lit, au milieu de nous. Nous sentons le savon parfumé, les draps séchés au soleil, les pyjamas propres. C’est samedi, le soir du bain. Elle a fait chauffer le poêle à bois, pour avoir de l’eau bien chaude, et elle nous a lavés à tour de rôle dans la baignoire. Nous serons propres pour la messe du dimanche. À la maison, il y a des jours pour chacune des activités. Le lundi, c’est le lavage; le mardi, le repassage; le mercredi et le jeudi, la couture et, quand c’est nécessaire, les courses. Le vendredi, après le marché, c’est le ménage. Le samedi, tout le monde prend son bain. Et le dimanche, après la messe, ma mère fait seulement la cuisine. Mais, tous les soirs, elle nous lit une histoire. »

« Toute souriante, elle m’apporte le nouveau catalogue d’Eaton, celui du printemps. Le facteur vient de le livrer. Ce soir, en prenant son thé, elle va le feuilleter, puis noter les idées pour les vêtements qu’elle nous confectionnera. […] Moi, je vais passer des heures à regarder chaque page. Je trouve les femmes belles, bien habillées, bien coiffées. Les tables sont toujours parfaites, aucune tache sur les nappes, aucune assiette dépareillée. Et les canapés sont à la mode. Plus tard, moi aussi j’aurai une maison comme celles-là. Et un mari aussi élégant qu’un mannequin. Et des enfants propres, même après avoir joué dehors toute la journée.

Ma mère, elle, ne rêve plus, elle se contente de la vie qu’elle a, les verres de lait répandus, le tablier avec des traces de sauce, la vieille vaisselle, nos pantalons tachés d’herbe et de boue le soir. Elle ne nous dispute pas, elle répète souvent une phrase que disait mon grand-père, On ne peut pas accrocher les enfants sur les murs. Quand même, moi j’ai de l’ambition, j’essaierai de faire mieux qu’elle, c’est si beau dans le catalogue d’Eaton. C’est comme à la télévision dans Papa a raison. »

(Petite note personnelle : Je me reconnais beaucoup là-dedans. Moi aussi, j’ai dans la tête cette mère parfaite avec une maison parfaite, cet idéal que je ne peux pas atteindre parce qu’il n’existe pas.)

« […] il est plus facile de s’habituer aux médias sociaux que de transformer le rapport mère-fille. »

« Octavie, la mère de mon grand-père, avait eu dix-sept enfants en seize ans. Sans aucun couple de jumeaux. Quand le curé avait demandé à mon arrière-grand-mère si elle avait eu peur de la mort, au moment des derniers sacrements, elle avait répondu, La mort, Monsieur le curé, je l’ai vue dix-sept fois. Ma mère disait d’un ton pensif, Les accouchements à l’époque, tu sais. Pas d’échographies, pas d’épidurale, aucun soulagement. Et beaucoup d’enfants n’atteindraient pas les six ans.

[…]

Tu accoucheras dans la douleur, répétait le curé en chaire le dimanche, de la même voix qu’il disait, Tu ne tueras pas. Les hommes devaient être terrifiés par la souffrance des parturientes pour en arriver à attribuer un tel commandement à leur Dieu. Il fallait que ce soit une punition. »

« « Pleurer sa mère, c’est pleurer son enfance », écrit Albert Cohen. »

« Blesser ma mère, voilà justement ce que je ne voulais pas. Sa mort serait une libération pour moi, je l’ai pensé. À tort. Même morte, elle reste ma mère, elle sera ma mère pour l’éternité. »

« Si nous devions la décrire à tour de rôle, nous en ferions tous des portraits différents. Mes frères et moi, nous venons du même ventre, mais nous n’avons pas la même mère. Une seule femme en trois personnes, c’est le mystère de la maternité. »

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Auteur : petitesvagues

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2 thoughts on “Citations – L’album multicolore”

  1. J’ai pas encore fini de le lire mais ta sélection me donne envie de m’y remettre très très bientôt! J’aime particulièrement la dernière… ça me rappelle une citation d’Anais Nin : “We don’t see things as they are, we see them as we are.”

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