Parce que des fois, il faut faire une plainte en bonne et due forme…

L’allaitement… Un sujet tellement délicat, comme je l’ai déjà dit! J’ai dû réfléchir longtemps avant de me décider à faire une plainte officielle à l’égard du soutien de mauvaise qualité que j’ai reçu en matière d’allaitement. Pendant la première année de vie de ma fille, je me disais que les infirmières et consultantes en allaitement avaient fait ce qu’elles avaient pu, que c’était compliqué, l’allaitement, que je ne pouvais pas me plaindre alors que d’autres avaient des problèmes beaucoup plus importants (le système de santé est tellement débordé)… Et de toute façon, j’avais d’autres chats à fouetter!

Mais finalement, après avoir bien réfléchi et avoir vu l’effet que le soutien de mauvaise qualité a sur les mères (et les familles), j’ai décidé de formuler une plainte officielle. Je suis d’accord avec Annie Desrochers quand elle dit : « Le problème, c’est que la Santé publique pousse l’allaitement sans former adéquatement tout son réseau et sans soutenir comme il faut les femmes qui vivent des problèmes et qui demandent de l’aide« .

Voici donc le texte intégral que j’ai transmis aux commissaires aux plaintes concernées :

Bonjour,

Comme mon histoire est un tout et que c’est important de comprendre le tout pour comprendre la portée du problème, je vous l’envoie en entier. Je tiens à dire en commençant que je sais que le système de santé est débordé, que les intervenants font ce qu’ils peuvent et qu’on ne peut pas faire des miracles. Mais j’ai quand même des plaintes à faire sur des choses qui, si elles avaient été faites correctement et, surtout, par des personnes compétentes, n’auraient pas mené à un résultat désastreux quelques mois plus tard.

J’ai accouché le 13 juin 2012 d’une petite fille. Alors que j’étais terrorisée par l’accouchement, celui-ci s’est super bien passé. Et alors que je ne m’en faisais pas outre mesure pour l’allaitement, me disant que « c’est naturel, c’est inné », c’est ça qui m’a donné le plus de fil à retordre dans ma courte expérience de la maternité.

J’avais choisi l’hôpital de LaSalle parce que je m’étais renseignée; j’avais cru comprendre que c’était un bon choix pour une future maman qui voulait accoucher naturellement et allaiter. (Comme j’ai dit, l’accouchement s’est bien passé, et naturellement en plus, alors je suis satisfaite de ça!) J’habitais à Longueuil et je travaillais au centre-ville de Montréal, alors ce n’était pas la porte à côté! En plus, je ne conduisais pas… J’étais motivée! La première journée après l’accouchement, à l’hôpital, l’allaitement allait bien. La pratique de l’allaitement était un peu douloureuse, mais pas si mal. La deuxième journée, ça a commencé à faire un peu plus mal. J’appelais les infirmières assez souvent, mais elles me donnaient toutes des conseils contradictoires, et certaines n’avaient pas l’air du tout de savoir ce qu’elles faisaient. Par exemple, certaines me disaient qu’il fallait absolument que je fasse boire le bébé aux quatre heures, alors que d’autres semblaient dire que ce n’était pas nécessaire (mon bébé reprenait bien son poids de naissance). Les consignes pour les positions d’allaitement étaient souvent confuses et maladroites. On ne m’a pas expliqué comment bien mettre le mamelon dans la bouche du bébé. Je me disais qu’elles avaient beaucoup à faire : s’occuper de nouvelles mamans et de mamans qui viennent d’accoucher d’un nouveau bébé, c’est demandant! Et je tiens à dire que je sais très bien que les infirmières ne sont pas des consultantes en lactation, mais comme l’allaitement est une grosse partie de leur travail, je m’attendais à ce qu’elles soient un peu mieux formées que ça à ce sujet! La troisième journée, tannée d’avoir mal, j’ai demandé à voir une consultante en lactation, étant donné qu’une affiche de ma chambre d’hôpital disait que je pouvais y avoir accès. On m’a dit que la consultante était là le jour précédent (personne ne m’en avait parlé!), et qu’elle revenait seulement une fois par semaine. J’ai demandé au pédiatre de vérifier le frein de langue de ma fille, ce qu’il a fait, mais il n’a pas jugé bon de faire quoi que ce soit. Je suis retournée chez moi en ne sachant pas trop quoi faire pour m’aider.

La cinquième journée (j’étais de retour à la maison), j’étais découragée : je n’arrivais pas à mettre le bébé au sein toute seule parce que ça faisait trop mal. Mon conjoint m’aidait, mais la douleur était difficile à supporter : tout mon corps était extrêmement tendu à chaque tétée. L’infirmière du CLSC est venue me voir à la maison : elle a bien défait quelques mythes instaurés par les infirmières de l’hôpital, mais elle ne m’a pas vraiment aidée pour améliorer ma situation d’allaitement. J’ai décidé d’aller à la prochaine clinique d’allaitement du CLSC, comme elle me le suggérait. Comme je ne conduis pas, ça a été assez difficile m’y rendre, mais j’ai réussi! J’ai choisi le CLSC qui était le plus près de chez moi et le plus accessible, soit le CLSC de Longueuil-Ouest. J’ai bien aimé ma première expérience, mais je trouvais encore que tout le monde se contredisait! L’infirmière voyait bien que j’avais très mal, mais elle ne trouvait pas mon problème. Je n’ai pas pu voir la consultante parce qu’elle était très occupée. L’infirmière a recommandé une frénectomie, alors je me suis mise sur une liste d’attente. On m’a dit que ça prendrait probablement deux semaines. Deux semaines! Ça a l’air vraiment court, dit comme ça, mais après avoir vécu de la douleur exclusivement liée à l’allaitement pendant cinq jours, je voyais mal comment je pourrais endurer ça quatorze jours de plus! Surtout qu’on me répétait sans arrêt que je ne devais absolument pas introduire le biberon, sinon ça ferait échouer mon allaitement… Pendant la consultation, je me suis fait dire que je n’étais pas dans « mon » CLSC et que je devrais me rendre au CLSC Simonne-Monet-Chartrand la prochaine fois (même si ce CLSC est beaucoup plus loin de chez moi et beaucoup moins accessible!). Après huit jours de douleurs, je n’en pouvais plus : je me suis acheté une téterelle et j’ai loué un tire-lait en attendant la frénectomie; j’espérais fort que celle-ci allait tout régler. J’alternais entre l’allaitement avec une téterelle et le tire-lait (je donnais les boires à la seringue), mais ça faisait toujours mal quand même, à un degré plus faible. Je suis retournée au moins deux fois dans une clinique d’allaitement, mais il fallait toujours que je ré-explique mon problème pendant une demi-heure (je ne comprenais pas pourquoi personne ne lisait mon dossier au lieu de me faire tout redire tout le temps, étant donné que même quand j’expliquais mon histoire, les intervenantes m’écoutaient à moitié), et les infirmières et consultantes finissaient toujours par dire que mes positions étaient très bien et qu’elles ne voyaient pas le problème.

Pendant tout ce processus, j’avais des symptômes de dépression. Les infirmières ont bien détecté les symptômes et m’ont recommandé de prendre des Omega-3 pour voir si ça pourrait aider. J’ai consulté une psychologue et mon médecin de famille, alors j’ai eu un bon suivi pour ma dépression. Ma plainte ne porte pas sur ma dépression, plutôt sur l’allaitement, mais je dois le préciser, parce que c’est très important dans mon histoire!

La quinzième journée, ma fille a enfin eu la frénectomie. Elle a été effectuée par une dentiste pédiatrique. Je n’ai eu aucun suivi après la frénectomie. Au lieu d’aider, la frénectomie a empiré les choses. Ma fille avait de la misère à avaler et elle refusait catégoriquement la seringue. J’utilisais encore la téterelle, mais ça n’a pas réglé le problème : j’avais tellement mal que je ne contrôlais plus mes mouvements pendant les boires et j’avais peur de faire mal au bébé tellement je sursautais de façon violente. Je suis retournée à la clinique d’allaitement, mais je n’ai pas pu voir d’infirmière ni de consultante : il y avait trop de bébés (à quinze jours, mon bébé n’était plus la priorité). La dix-huitième journée, j’ai fini par abandonner et j’ai donné mon premier biberon de préparation commerciale en pleurant comme une madeleine. Sérieusement, j’avais beau être en amour avec ma fille, j’étais sur le bord de pitcher mon bébé à bout de bras!!! J’avais atteint le bout de mes ressources. J’ai continué à tirer mon lait, mais je ne fournissais pas assez pour la nourrir, alors j’ai fait un allaitement mixte pendant deux semaines, puis j’ai réussi à conserver une petite quantité de lait constamment renouvelée. Je me suis rendu compte assez vite que c’est beaucoup de travail, un tire-allaitement! Tirer son lait, mettre le lait dans les sacs de conservation, laver les parties amovibles du tire-lait, faire chauffer le lait, faire boire le bébé (mon bébé prenait une heure à boire deux onces)… Une pause de vingt minutes et hop! Il faut recommencer le tout (parce que bébé avait de nouveau faim). Et dire que j’ai fait ça pendant neuf mois! (Ce n’est vraiment pas une option à recommander…) Après un mois de pause d’allaitement directement au sein (j’ai aussi essayé la crème du Dr Newman à un moment donné, j’ai oublié quand… ça n’a rien donné, ça empirait même ma douleur!), j’ai recommencé à mettre ma fille au sein une fois par jour, le matin, avec des résultats mitigés. Elle ne semblait pas trop savoir quoi faire de mon sein. Mais après un ou deux mois de pratique une fois par jour, elle a retrouvé comment! Je suis retournée environ trois fois à la clinique d’allaitement, sans que qui que ce soit ne trouve c’était quoi mon problème. J’avais beau dire à l’infirmière à quel point j’étais au bout du rouleau et je n’en pouvais plus de la douleur (parce que le tire-lait, dans mon cas, ce n’était pas sans douleur! juste un peu moins douloureux que l’allaitement direct), elle ne pouvait que m’encourager à continuer mes efforts, elle n’avait rien d’autre à m’offrir. J’ai aussi rencontré un médecin spécialiste de l’allaitement, qui n’a fait que faire une deuxième frénectomie à mon bébé… Je l’ai regretté! Ça ne s’est pas aussi bien passé que la première fois : cette fois-là, bébé était tout à fait conscient que quelque chose d’étrange allait se produire, alors elle a hurlé tout le long! Et ça n’a pas réglé le problème! Je me suis surtout sentie coupable d’avoir fait vivre ça à mon bébé. Je sais très bien que la frénectomie est une opération très mineure : j’en ai vécu une quand j’étais bébé et je me porte très bien! C’est juste que j’avais l’impression que les intervenants n’avaient aucune idée quel était mon problème et me proposaient des choses au cas où ça m’aide, sans réellement savoir ce qu’ils faisaient.

Pour moi, l’allaitement exclusif des deux premières semaines a été une torture physique et mentale! Bien pire que l’accouchement! (Mais j’ai eu un accouchement qui s’est bien passé, il faut le dire!) Je considère que si tous les intervenants m’avaient donné l’information appropriée sur l’allaitement et si les médecins et la dentiste avaient bien fait leur travail en ce qui concerne les frénectomies, mon allaitement se serait beaucoup mieux passé, et ma dépression aurait été beaucoup moins grave! Je tiens à dire par contre que je suis totalement responsable de ma dépression. Je ne tiens personne responsable de ma dépression : c’est arrivé, c’est tout. Mais ma situation générale aurait été beaucoup moins pénible si on m’avait offert un soutien adéquat et des renseignements exacts en ce qui concerne l’allaitement. Je considère qu’on ne m’a pas soutenu de façon compétente.

Finalement, c’est mon accompagnante qui a trouvé le problème que personne n’avait trouvé (et elle n’est même pas consultante…) : vasospasmes. J’ai pris des suppléments pendant cinq mois, ça a aidé un peu. J’ai appris que le fait de faire sécher ses mamelons à l’air libre, comme les autres mamans faisaient, ce n’était pas la meilleure idée, avec des vasospasmes… Et que le stress, c’est vraiment la pire chose qui peut arriver dans un allaitement! Je me demande encore pourquoi les infirmières et consultantes n’ont jamais trouvé le problème des vasospasmes et ne m’ont jamais conseillé à ce sujet… Je tiens quand même à remercier une consultante très expérimentée que j’ai vu une seule fois au CLSC Simonne-Monet-Chartrand; je ne me rappelle que de son prénom : Guylaine. Je venais d’apprendre que j’avais des vasospasmes et elle m’a bien expliqué quoi faire pour atténuer ce problème. Cette personne était on ne peut plus compétente.

Il y a plusieurs choses que je regrette, dans mon histoire. J’aurais dû suivre mon instinct, qui me disait que j’en faisais trop pour mes capacités. J’aurais dû ne pas considérer l’allaitement mixte comme un échec, contrairement à ce que me faisaient sentir les infirmières. Pour moi, ce point est très important, même crucial, parce que l’allaitement mixte, ça veut quand même dire que le bébé obtient du lait maternel! Et que la maman continue à allaiter, qu’elle ne s’arrête pas complètement! J’aurais dû ne pas penser que parce que j’avais « raté mon allaitement », j’étais automatiquement une mauvaise mère. J’aurais dû ne pas m’entêter autant et m’écouter davantage. Mais je tiens quand même à dire ceci : L’allaitement n’est pas seulement une méthode d’alimentation. C’est aussi le premier test de la nouvelle maman. Il est facile pour la nouvelle maman d’associer « J’ai échoué mon premier test » avec « Je suis une mauvaise mère ». Je trouve qu’on n’en tient pas assez compte dans la promotion et le soutien à l’allaitement. Ce n’est pas de l’introduction des brocolis dans une famille dont on parle, c’est de la première expérience concrète d’une maman avec son nouveau-né! Il faudrait trouver un moyen de dissocier l’allaitement avec la qualité de la mère. Ça n’a rien à voir.

Un autre GROS problème que j’ai trouvé avec l’allaitement, c’est que les renseignements donnés par les infirmières et les consultantes en lactation (de l’hôpital et du CLSC) se contredisaient tout le temps! Si j’avais eu un suivi adéquat pour mon allaitement, la situation aurait été beaucoup moins difficile! Quand j’ai appris que les infirmières de l’hôpital ont seulement une formation de trois jours sur l’allaitement, j’étais très fâchée. TROIS JOURS, c’est loin d’être assez! Si vous voulez réellement que la situation s’améliore pour l’allaitement au Québec, je crois qu’il faudrait que les infirmières soient mieux formées et que des consultantes d’expérience soient embauchées à temps plein. Les besoins sont énormes!

 Si j’avais à résumer, je dirais que ce qui fait mal à l’initiation mais surtout à la poursuite de l’allaitement, c’est surtout 1- les renseignements contradictoires et erronés qui circulent, 2- le soutien de mauvaise qualité et 3- le dogmatisme. J’ai déjà parlé du premier et du deuxième point; pour le troisième, c’est juste que les règles comme « Aucun biberon si on allaite, jamais, jamais, jamais » et « Aucune suce si on allaite, jamais, jamais, jamais », il me semble que ça n’aide pas la situation. Je comprends pourquoi ces règles sont énoncées (c’est plus difficile de faire téter correctement un bébé qui s’est habitué au biberon et à la suce), mais le fait de dire que c’est complètement exclu, ça donne l’impression à la mère qu’elle n’a aucune autre option que d’arrêter l’allaitement si elle a des difficultés, alors qu’elle pourrait très bien donner un biberon une fois sur deux et voir ce que ça donne! Si elle en est rendue là (donner un biberon une fois sur deux), c’est toujours mieux que d’arrêter complètement l’allaitement… Et par la suite, il y a une possibilité qu’elle puisse reprendre l’allaitement exclusif si possible… On dirait qu’il y a une directive très rigide qui dit « Le seul allaitement possible, c’est l’allaitement exclusif », mais je trouve que ça n’aide personne, surtout quand le soutien fourni n’est pas très efficace…

Et je tiens à dire que j’ai rencontré tout plein de gens qui étaient pleins de bonne volonté et qui, avec les bons renseignements, m’auraient beaucoup aidée, alors j’ai bien l’impression qu’il y a encore de l’espoir!

Mais je tiens fermement à faire une plainte officielle pour le soutien de mauvaise qualité que j’ai reçu de la part des intervenants de l’hôpital de LaSalle, du CLSC Simonne-Monnet-Chartrand, du CLSC Longueuil-Ouest et du CLSC St-Hubert. Si vous voulez réellement que la situation s’améliore en ce qui a trait à l’allaitement, je vous prie d’améliorer le soutien offert.

 

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Auteur : petitesvagues

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