Être prêt à devenir parent?

On répète souvent que l’on n’est jamais « prêts » à faire un enfant. Je suis d’accord avec cette affirmation. Toutefois, dans le monde dans lequel on vit (tout va tellement viiiiite!), je crois que cette affirmation mérite d’être expliquée. Ce n’est pas réellement possible de se préparer complètement à devenir parent. Il y a trop de facteurs différents pour chaque parent, de bébés différents, de circonstances différentes, etc. On ne peut pas tout anticiper. De plus, la première année est tellement prenante que c’est pratiquement impossible de comprendre ce que ça implique avant de l’avoir vécu.

Cependant, ça ne veut pas dire non plus qu’il faut absolument foncer tête baissée, sans réfléchir, sur le projet de devenir parent. Je crois que certains sujets devraient faire l’objet d’une réflexion particulière, soit avant la conception, soit pendant la grossesse. Ces sujets ne sont sûrement pas les mêmes selon les futurs parents concernés, mais voici des questions que j’ai balayées du revers de la main et que je regrette de ne pas avoir explorées avant mon accouchement :

  • Pourquoi je veux devenir mère*?
  • Qu’est-ce que je voudrais transmettre à mes enfants?
  • Quel genre de mère voudrais-je être? À quelles difficultés vais-je probablement me heurter une fois que je serai mère?
  • Quel est mon modèle de mère idéale? Quand je pense à LA mère idéale, elle ressemble à quoi ou à qui? Pourquoi est-ce que j’ai cet idéal en tête, d’où ça vient?

C’est certain que la conception d’un enfant et la grossesse peuvent être des expériences qui génèrent beaucoup d’anxiété; le but, ce n’est pas d’en rajouter sur le tas d’anxiétés. Au contraire! Je crois qu’il est primordial de se poser des questions de ce type, justement pour faire face à nos peurs et arriver à les atténuer, ou même à les vaincre. Si ces questions vous angoissent ou vous frustrent (ou les deux!), demandez-vous pourquoi. Il est fort probable que le fait d’avoir compris pourquoi vous permette de retirer certaines barrières psychologiques du chemin avant l’arrivée officielle de votre enfant.

C’est sûr que ce texte est fortement teinté par mon expérience personnelle, mais je veux surtout vous encourager à attaquer les problèmes de front. Moi, j’ai foncé comme une débile sans réfléchir, et j’en paie encore les conséquences…

 

* On peut très bien changer « mère » par « père » dans ce texte : je crois que ça s’applique aux deux parents!

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Je suis chanceuse

Il y a quelques mois, j’ai lu ce billet du blogue Une vie entre paren(thèses), qui m’a beaucoup touchée. Ensuite, j’ai lu ces billets : #1 (Le blogue de la Madame), #2 (blogue de Patrick Lagacé, message de Julie Marchiori), #3 (Une vie entre paren(thèses)) et #4 (Émotions in vitro). J’ai des ami(e)s qui ont ou qui ont eu des difficultés à concevoir. Personnellement, étant donné que ça a pris près de deux ans pour la conception de ma fille, je considère que j’ai eu un aperçu du début de commencement de l’anxiété et de la colère qui peuvent venir avec la difficulté de concevoir. Mais vraiment juste un minuscule aperçu. Et ça a été très pénible.

Quand j’écris un billet sur ce blogue, j’essaie toujours de me rappeler comment je me sentais quand on essayait de concevoir et que ça ne fonctionnait pas. Comment les bedaines de grossesse me semblaient envahir les rues. Comment j’avais la larme à l’œil et les dents serrées quand je passais devant un magasin de vêtements « de maternité ». Comment les frustrations des nouvelles mamans m’attiraient, me semblaient si douces, comme le chant d’une sirène… Comment j’avais l’impression de n’avoir rien appris dans les cours du secondaire qui avaient traité de conception, et le sentiment que le sujet de la conception est tellement vaste!

Bref, je suis chanceuse. Mon attente a été relativement courte, même si ça m’a semblé être une éternité. Je n’ai pas eu à faire de traitements médicaux pour concevoir.

Je crois qu’il faut en parler, des difficultés liées aux essais de conception et de l’infertilité. C’est important.

Gros câlin à tous ces couples qui ont reçu un diagnostic d’infertilité ou qui ont de la difficulté à concevoir. Je pense à vous. Ce n’est pas grand-chose, mais c’est tout ce que je peux vous offrir…

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Confession d’une égoïste

Avant d’avoir un enfant, j’avais l’impression que je serais une très mauvaise mère. J’avais peur de ne pas avoir les qualités requises pour être une bonne mère. (Je n’avais pas compris qu’il n’y a pas de modèle unique de « bonne mère »!) J’essayais de me rassurer en me disant qu’au moins, je n’étais pas égoïste, que j’aimais rendre service aux autres, que j’étais altruiste, alors au moins ça allait m’aider à devenir une « bonne mère ».

Eh bien, j’étais dans le champ. Même si je ne suis pas la pire égoïste de la planète, je le suis quand même, égoïste… Je ne suis pas qu’une égoïste (ça ne me définit pas très bien), mais mon « moi » prend beaucoup de place, dans ma vie! Quand je suis devenue mère, je m’en suis rendu compte assez vite! Mon « moi » protestait sans arrêt! J’ai eu beaucoup de difficulté à accepter le fait que je devais laisser mon « moi » de côté pour quelques mois… même si c’était pour m’occuper de mon enfant! En fait, une partie de mon problème, c’est que je n’ai pas appris à réellement prendre soin de moi avant d’avoir un enfant, alors quand ma fille est arrivée, je ne savais pas comment calmer mon ego, qui me répétait sans cesse qu’il n’avait plus de place… C’est un début de réflexion; j’arriverai bien un jour à bien expliquer mon problème d’ego! Si jamais ça vous intéresse, je me reconnais beaucoup dans ce résultat de test : http://test.psychologies.com/avez-vous-un-ego-demesure/resultat/votre-ego-est-trop-modeste.

Ce début de réflexion me rappelle un passage du livre A life’s work: On becoming a mother de Rachel Cusk, qui disait que la figure de la « mauvaise mère » est parlante dans la littérature. Elle donne l’exemple d’Emma Bovary, qui continue à vouloir être « the subject, the centre, [she] draws the life out of her meanings for other people”« , et ce, même après la naissance de son enfant. (Malheureusement, mes livres sont tous dans des boîtes, alors je ne peux pas retrouver la citation complète que je voulais mettre ici… Ce sera pour une prochaine fois!)

Je me dis maintenant qu’au lieu de me rassurer avec des faussetés (je suis altruiste, alors ça va m’aider pour m’occuper d’un bébé… plutôt naïf! je ne réalisais pas à quel point m’occuper de ma fille serait différent de m’occuper d’une amie…), j’aurais mieux fait de réfléchir au fait que toutes les qualités peuvent contribuer à être une bonne mère… Je vais finir sur une citation de Véronique-Grenier-de-mon-cœur-que-j’adore : « J’ai compris ça un peu tard, que je pouvais me demander ce que je veux. Qu’être maman, ça avait aussi une part de personnel, de pas déterminé, de à définir. » Définition en cours…

 

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Corps + Maternité = ?

Les billets de Marianne Prairie et de Vanessa Giguère et de Montée de milk, en plus du projet The Bodies of Mothers… Tout ça m’a fait réfléchir à la question du rapport au corps dans la maternité. Clairement, mon rapport à mon corps a évolué. J’ai déjà parlé de ce sujet, mais mon billet portait surtout sur le rapport au corps pendant la grossesse et juste après l’accouchement. Voici quelques éléments de réflexion supplémentaires :

Je suis beaucoup moins pudique. Ça a commencé par le suivi de grossesse et le « toucher mécanique », puis l’accouchement, pendant lequel la pudicité n’est tout simplement pas possible, puis l’allaitement, pendant lequel j’avais l’impression que mes seins ne m’appartenaient plus (ce n’est pas la fin du monde, mais ça prend une adaptation!)… Mais il faut que je dise que j’étais vraiment trop pudique, avant de tomber enceinte! Une angoisse moins présente, ça fait du bien!

Je suis un peu plus satisfaite de mon corps, malgré ses défauts. J’ai porté la vie et j’ai expulsé un être humain de mon corps! Je suis impressionnée par ce que mon corps a pu faire. Ça fait du bien de m’en rappeler de temps en temps.

Je fais plus attention à ma condition physique. Je tiens à « durer longtemps ». C’est nouveau, ça, pour moi. Il n’y a pas si longtemps, je croyais encore que ma vie se terminerait vers 30 ans… Heureusement que non! Maintenant, je m’occupe de tous mes maux chroniques de façon assidue; j’ai trouvé des solutions à la plupart de mes problèmes physiques! Par exemple, avant de tomber enceinte, c’était mon problème de genoux qui me tracassait, alors j’ai décidé de commencer un traitement avec une thérapeute du sport puis avec une physiothérapeute afin de trouver une façon d’améliorer l’état de mes genoux. Le fait de penser que j’aurais à supporter une bedaine de grossesse, puis un bébé, puis un enfant, ça m’a beaucoup aidée à me motiver davantage pour changer ma situation. (Je ne dis pas que c’est juste une question de volonté! Juste que j’ai trouvé davantage de motivation…)

– Je suis encore moins soucieuse de mon apparence qu’avant ma grossesse. Je n’ai jamais été le genre de femme à se préoccuper beaucoup de son apparence. Mais depuis que j’ai un enfant, je verse carrément dans la négligence! Je dis souvent que j’ai un look de sans-abri (en un peu plus propre)! Je me fous complètement de quoi j’ai l’air, et des fois ça devient trop extrême… C’est vrai que l’apparence, c’est superficiel, mais ne pas s’en occuper du tout, c’est un peu laisser tomber son corps, non? Enfin, je sens que j’ai quelque chose à changer de ce côté-là, mais il y a des choses plus urgentes à régler, en ce moment!

Je suis plus « proche de mon corps », plus intuitive, moins intellectuelle, depuis que je suis mère. Juste un peu. Probablement parce que j’étais un peu trop « dans ma tête », avant! Ça fait du bien, un peu d’équilibre… S’occuper d’un nourrisson, c’est tellement concret, tellement ancré dans le tussuite, maintenant, que ça a certainement joué un grand rôle dans ce changement.

Voilà! Je n’ai pas l’impression d’avoir fait le tour du sujet, mais ce sont quelques pistes de réflexion! 🙂

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Le droit de parler du négatif même si je suis mère… autant que de parler du positif!

Ça fait plusieurs fois que je me fais dire que lorsqu’on est mère, on ne devrait pas exprimer le négatif, et ça me fâche, ce genre de commentaire. Personnellement, une des choses que j’ai trouvé le plus dur pendant ma dépression, c’est d’avoir l’impression de ne pas avoir le droit de parler de mes difficultés. J’étais maman, alors automatiquement, je DEVAIS être heureuse! Comme si les difficultés de la vie disparaissaient une fois qu’on devient mère… N’importe quoi! (D’ailleurs, c’est pour ça que j’ai créé un groupe Facebook sur la dépression post-partum et ses variantes, parce que je sens que ça fait du bien d’en parler!)

Si vous avez lu plus de deux de mes billets de blogue, vous vous en doutez probablement, mais je vous le dis pareil : Je suis un bizarre de mélange mélancolique-colérique. Disons mélancolérique, pour faire plus court. (Et non, ce n’est pas facile à vivre au quotidien! Mon chum pourrait en parler longtemps…) Et je revendique le droit de parler de mes difficultés et des choses plus négatives qui m’arrivent et que je ressens. C’est essentiel, pour moi.

D’un autre côté, c’est vrai que pour avoir le portrait global, il faut aussi parler du positif. Avant cette semaine, je croyais qu’on en parlait déjà assez, du positif dans la maternité, que c’était déjà placardé partout, alors c’est pour ça qu’en général, ça me tentait moins souvent de parler des aspects positifs : je trouve ça très stéréotypé et redondant! J’en lis à longueur de journée, des « Je ne pourrais pas être plus épanouie » et des « J’me peux pus d’être comblééééée ». Mais je vais faire un effort : je m’engage à parler plus souvent du positif sur ce blogue.

Je tiens quand même à dire à ceux qui pensent que les mères ne devraient pas exprimer le négatif : je vous emmerde! Si ce que je décris de négatif ne ressemble pas à votre réalité, ben tant mieux pour vous! Passez votre chemin! Mais je ne vois pas du tout en quoi le fait de l’exprimer soit une mauvaise chose… Pourquoi perpétuer les tabous? De mon point de vue, ça fait juste du tort…

 

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Frénotomie / freinotomie

Je dois l’avouer, la dernière partie de mon dernier billet était motivée par la colère. Je voulais provoquer des discussions. Eh bien… pouet, pouet, poueeeeet! Zéro discussion! Au lieu d’essayer de provoquer des discussions en passant par la bande pour revenir au milieu du terrain, je vais juste partager le courriel que j’ai envoyé à Gabrielle Duchaine, journaliste de La Presse. Avant de partager, je dois expliquer.

Premièrement, voici le torch… l’article en question. Même pas besoin de le lire si ça ne vous tente pas, ça n’en vaut pas la peine!

Frein de langue (photo trouvée ici) :

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Deuxièmement, comme c’est dans mes cordes, je vous propose une petite explication sur l’orthographe du mot « frénotomie » et ses variantes :

Tout d’abord, voici une définition du terme « frein de langue » : « En dessous de la langue c’est-à-dire au milieu de sa face inférieure, le frein de la langue permet de maintenir celle-ci contre le plancher de la bouche, et limite ses mouvements en arrière » (Termium). Ensuite, il faut faire la distinction entre frénotomie (ou freinotomie) et frénectomie (ou freinectomie), qui sont souvent utilisés de façon interchangeable, alors que ce sont deux réalités un peu différentes. Selon l’OQLF, la définition de « frénotomie » est la suivante : « Incision ou section des freins parodontaux et fibreux anormaux » et la définition de « frénectomie » est la suivante : « Ablation des freins parodontaux et fibraux nerveux ». Je paraphrase ma consultante en lactation préférée : la frénECtomie, c’est enlever le frein de langue, et la frénOtomie, c’est le couper. En ce qui concerne la façon de l’écrire (« é » ou « ei »?), ça, ça importe peu! Je préfère « ei »; je trouve ça un peu plus clair, étant donné que ça fait référence au frein de langue… Pour le présent texte, j’ai choisi l’orthographe  l’article en question, soit « frénotomie ».

Troisièmement, pour la petite histoire, je suis née (vers la fin des années 1970) avec un frein de langue tellement court que je ne pouvais pas réellement faire sortir ma langue de ma bouche (on voyait juste un bout de langue en forme de cœur sortir de ma bouche). Le médecin de ma mère a donc proposé de « couper le filet » (comme on disait à l’époque au lieu de « frénotomie » ou de « couper le frein de langue ») dès mes premiers jours de vie. Je savais donc qu’une telle opération était possible et que ce n’était pas la fin du monde.

Alors, quand j’ai eu des difficultés d’allaitement, ça ne m’a donc pas vraiment surpris qu’on me propose une frénotomie ma fille. Je savais que c’était une « opération » assez mineure. Et effectivement, ma fille n’a pas pleuré pendant cette « opération »; le tout s’est déroulé dans le calme!

Voici mon avis sur le fameux article : le ton est alarmiste et donne l’impression que la frénotomie ne devrait être proposée à presque personne, alors que selon la Société canadienne de pédiatrie, l’ankyloglossie [fixation de la langue au plancher de la bouche par un frein trop court] affecterait de 4,2 % à 10,7 % des nouveau-nés. Je me serais attendue à mieux de la part d’un quotidien de l’envergure de La Presse! On dirait presque que les rédacteurs font tout pour semer la panique!

 

Voici donc mon courriel :

« Bonjour Madame Duchaine,
Je ne vous connais pas. En fait, je ne connaissais pas votre nom avant le 1er mai. Et je ne connais pas les conditions de travail d’un journaliste en général. Mais je vois mal comment vous pourriez être fière d’avoir écrit l’article « Opérer bébé pour l’allaiter? », qui a été publié le 1er mai. Déjà, le titre est tendancieux. De ce côté-là, je me doute bien que vous n’avez pas tellement votre mot à dire sur le titre de la une, mais tout de même, je tenais à dire que le titre m’horripile. C’est du sensationnalisme, selon moi. Si je voulais lire un article du Journal de Montréal, je le ferais. Quand je lis La Presse, je m’attends à un certain niveau de qualité…

Ensuite, le paragraphe d’introduction : « De plus en plus de nouveaux parents font couper une partie de la langue de leur poupon pour corriger un problème d’allaitement. Solution miracle ou quête de l’allaitement à tout prix? » Il n’y aucun doute : le parti est pris. Il n’y a pas de pours et de contres qui tiennent : on dit clairement ici que ceux qui font vivre une frénotomie à leur enfant font partie des « méchants ». En fait, la frénotomie ne fait pas seulement que « corriger un problème d’allaitement ». Elle corrige aussi des problèmes futurs, comme des problèmes de dentition, de prononciation, de digestion (production de salive).

Le pire, c’est que je suis d’accord avec le questionnement sur la fréquence à laquelle la frénotomie est proposée et sur la compétence des personnes qui la proposent dans le système de santé public! J’ai même fait une plainte au MSSS à ce sujet dernièrement! Mais votre dossier n’aide pas du tout la situation. Personne n’a retenu ce questionnement : tout le monde parle de la supposée “mutilation” que subissent les nourrissons…

Et le fait que vous répétiez sans arrêt que l’opération (très mineure, en fait) est faite « à froid », me fait réagir aussi. Comme je l’ai déjà écrit, si les intervenants du milieu de la santé avaient proposé d’anesthésier ma fille pour une « opération » aussi bénigne, je me serais posé des questions sur la compétence de ces personnes! Anesthésier un bébé de deux semaines, comment on fait ça? Comment on fait pour calculer la dose? Quelles sont les répercussions?

Et je tiens aussi à préciser que j’ai vécu une frénotomie à quelques jours de vie, et j’ai 34 ans. Avec votre dossier, vous insultez l’intelligence de ma mère, de moi-même et de ma fille. Et ce, même si j’ai fait une plainte au MSSS à l’égard de la deuxième frénotomie que ma fille a subi, et qui, selon moi, était de trop et proposée par des personnes qui n’étaient pas compétentes en la matière. Et je tiens à préciser que la bouche de ma fille se porte très bien! Ma plainte porte surtout sur le soutien déficient en matière d’allaitement qui est offert par le système de santé, et la promotion démesurée de l’allaitement, qui, selon moi, est une combinaison qui fait beaucoup de dommages aux mères et aux familles.

Malheureusement, votre dossier fait aussi énormément de dommages aux familles en offrant des phrases tendancieuses et une approche sensationnaliste. Je ne sais pas à quel point vous êtes réellement responsable des points que j’ai soulevés; je suis consciente que le/la journaliste n’a pas le pouvoir complet sur les choses qui sont publiées en son nom. Mais j’aimerais que vous m’expliquiez. Vraiment.

Merci beaucoup de m’avoir lue!

Bonne journée »

Je n’ai pas reçu de réponse en tant que tel.

La journée où j’ai envoyé mon courriel, La Presse a publié (dans La Presse+, un outil qui n’est pas accessible à tous…) la réponse d’un des médecins qui avait été interviewé pour l’article (merci Dre Anjana Srinivasan!), et qui dit, de façon plus posée que moi, que l’article en question « ne donne pas une opinion claire et basée sur les données probantes de l’effet de l’ankyloglossie (frein de langue court) sur l’allaitement maternel et sur le rôle de la frénotomie ». En dessous de ce texte, Gabrielle Duchaine, pour sa part, essaie de nous convaincre qu’elle a rédigé « un texte équilibré qui montre les deux côtés d’un enjeu »… Nnnnnnot!!!

Si le sujet vous intéresse, je vous recommande plutôt les textes ci-dessous!

Texte de Bien vivre l’allaitement: http://bienvivrelallaitement.wordpress.com/2014/05/05/leditorial-qui-melange-tout/

Brève histoire de la frénotomie par une blogueuse fantastique: http://www.entreparentheses.ca/2014/05/breve-histoire-frenotomie/

Le communiqué de la Ligue La Leche: http://www.allaitement.ca/communique-de-presse-la-frenotomie/

Un billet de blogue que j’ai beaucoup aimé: http://zalahmaterne.wordpress.com/2014/05/09/je-suis-une-maratre-reflexions-sur-la-freinotomie/

À la fin de la grossesse, on produit du lait

À la fin de la grossesse, les femmes produisent du lait. Bizarrement, quand je suis tombée enceinte et que j’ai réfléchi au choix qui s’offrait à moi pour alimenter mon enfant, je n’en avais pas conscience. Je ne savais pas que mon corps produirait du lait, que je le veuille ou non. Je ne sais pas si je suis pas la seule à avoir vécu ça : me rendre compte, vers la fin de ma grossesse, que mon corps produisait déjà du lait (du colostrum, en fait), en prévision de l’arrivée de ma petite Poupinette. (Je sais que pour certaines, la production de lait n’est pas visible avant la première tétée. Mais les seins produisent du lait quand même… Ils se préparent!) Un jour, à mon sixième mois de grossesse, j’ai vu mes premières gouttes de lait maternel. Et ça m’a surpris. Je ne croyais pas que mon corps produirait du lait avant la première tétée. Je ne sais pas comment j’ai fait pour l’ignorer, avec Google, les maudits livres de grossesse et l’ère de l’information, et tout ça, mais je l’ai découvert ce matin-là, juste au-dessus de ma bedaine de six mois. Est-ce que je suis la seule à avoir découvert ça vers ce moment-là? Comment l’avez-vous appris, vous?

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P. S. Même si le corps choisit pour nous si on produit du lait ou pas, ça ne veut pas dire qu’on est obligées d’allaiter. Ma position sur l’allaitement est ici. Je suis toujours aussi pro-choix. Ce que je constate dernièrement, par contre, c’est que si on veut allaiter, on est foutrement mal soutenues par le système de santé public! Selon moi, le ministère de la Santé et des Services sociaux a deux options : soit il arrête de faire la promotion de l’allaitement et il conserve le même niveau de soutien déficient sur le terrain, soit il continue de promouvoir l’allaitement et il améliore le niveau de soutien offert sur le terrain. (Ou il pourrait aussi transférer l’argent qu’il met à la promotion de l’allaitement pour offrir un soutien décent…) Et idéalement, il faudrait que cesse le mutisme sur les biberons, ça n’arrange rien. En tout cas, je suis sûre d’une chose : il ne peut pas garder le statu quo! Ça fait juste trop de dommages!

Une mère qui allaite n’est pas une meilleure mère en soi

Une mère qui allaite n’est pas une meilleure mère en soi

Mon titre a l’air d’une évidence, mais malheureusement, ça ne l’est pas. Je vous copie ici un petit extrait de mon journal intime. C’est peut-être un peu trop dark, mais j’ai l’impression d’avoir besoin de le partager, ce paragraphe:

« Je viens de réaliser [deux ans après la naissance de mon enfant] qu’au début de ma maternité, j’ai réellement associé « lait maternel » avec « meilleure mère ». Je le savais, que c’était faux, mais entre le savoir et le vivre, il y a une différence… Étant donné que j’étais persuadée que je serais une très mauvaise mère, j’ai vu l’allaitement comme une façon magique de me racheter à l’avance auprès de ma fille des torts que j’allais inévitablement lui causer en tant que mère. Avant de tomber enceinte, j’ai souvent dit que mes parents ont été de très bons parents et qu’ils ont quand même fait une fille toute fuckée mentalement [moi], alors je voyais mal comment je pourrais arriver à de meilleurs résultats qu’eux. Je me suis accrochée à l’allaitement comme à une bouée de sauvetage, mais ce n’en était pas une. Je n’ai pas réussi à allaiter directement [j’ai fait un tire-allaitement], et j’ai coulé avec mon sentiment d’échec. »

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Alors de grâce, ne vous faites pas trop influencer par les sous-entendus et les bien-pensants qui « veulent teeeeellement votre bien ». Le lait maternel, c’est la « meilleure option pour les bébés », mais ça ne veut PAS DU TOUT dire que les mères qui allaitent sont de meilleures mères. Ça n’a rien à voir. Les mères qui allaitent et celles qui donnent le biberon ne forment pas deux équipes adverses. La plupart font partie de la même équipe : ce sont des mères qui font de leur mieux et qui nourrissent leur enfant. Ce sont déjà de bons points pour être une bonne mère! Il n’y a pas un seul modèle de « bonne mère », il y en a des millions! De toute façon, ça n’aide personne de sous-entendre que les mères qui allaitent sont meilleures : pour celles qui n’allaitent pas (et même pour celles qui font un tire-allaitement et qui reçoivent des regards accusateurs), ça ne leur donne pas plus envie d’allaiter… Ça peut même facilement faire le contraire!

Parce que des fois, il faut faire une plainte en bonne et due forme…

L’allaitement… Un sujet tellement délicat, comme je l’ai déjà dit! J’ai dû réfléchir longtemps avant de me décider à faire une plainte officielle à l’égard du soutien de mauvaise qualité que j’ai reçu en matière d’allaitement. Pendant la première année de vie de ma fille, je me disais que les infirmières et consultantes en allaitement avaient fait ce qu’elles avaient pu, que c’était compliqué, l’allaitement, que je ne pouvais pas me plaindre alors que d’autres avaient des problèmes beaucoup plus importants (le système de santé est tellement débordé)… Et de toute façon, j’avais d’autres chats à fouetter!

Mais finalement, après avoir bien réfléchi et avoir vu l’effet que le soutien de mauvaise qualité a sur les mères (et les familles), j’ai décidé de formuler une plainte officielle. Je suis d’accord avec Annie Desrochers quand elle dit : « Le problème, c’est que la Santé publique pousse l’allaitement sans former adéquatement tout son réseau et sans soutenir comme il faut les femmes qui vivent des problèmes et qui demandent de l’aide« .

Voici donc le texte intégral que j’ai transmis aux commissaires aux plaintes concernées :

Bonjour,

Comme mon histoire est un tout et que c’est important de comprendre le tout pour comprendre la portée du problème, je vous l’envoie en entier. Je tiens à dire en commençant que je sais que le système de santé est débordé, que les intervenants font ce qu’ils peuvent et qu’on ne peut pas faire des miracles. Mais j’ai quand même des plaintes à faire sur des choses qui, si elles avaient été faites correctement et, surtout, par des personnes compétentes, n’auraient pas mené à un résultat désastreux quelques mois plus tard.

J’ai accouché le 13 juin 2012 d’une petite fille. Alors que j’étais terrorisée par l’accouchement, celui-ci s’est super bien passé. Et alors que je ne m’en faisais pas outre mesure pour l’allaitement, me disant que « c’est naturel, c’est inné », c’est ça qui m’a donné le plus de fil à retordre dans ma courte expérience de la maternité.

J’avais choisi l’hôpital de LaSalle parce que je m’étais renseignée; j’avais cru comprendre que c’était un bon choix pour une future maman qui voulait accoucher naturellement et allaiter. (Comme j’ai dit, l’accouchement s’est bien passé, et naturellement en plus, alors je suis satisfaite de ça!) J’habitais à Longueuil et je travaillais au centre-ville de Montréal, alors ce n’était pas la porte à côté! En plus, je ne conduisais pas… J’étais motivée! La première journée après l’accouchement, à l’hôpital, l’allaitement allait bien. La pratique de l’allaitement était un peu douloureuse, mais pas si mal. La deuxième journée, ça a commencé à faire un peu plus mal. J’appelais les infirmières assez souvent, mais elles me donnaient toutes des conseils contradictoires, et certaines n’avaient pas l’air du tout de savoir ce qu’elles faisaient. Par exemple, certaines me disaient qu’il fallait absolument que je fasse boire le bébé aux quatre heures, alors que d’autres semblaient dire que ce n’était pas nécessaire (mon bébé reprenait bien son poids de naissance). Les consignes pour les positions d’allaitement étaient souvent confuses et maladroites. On ne m’a pas expliqué comment bien mettre le mamelon dans la bouche du bébé. Je me disais qu’elles avaient beaucoup à faire : s’occuper de nouvelles mamans et de mamans qui viennent d’accoucher d’un nouveau bébé, c’est demandant! Et je tiens à dire que je sais très bien que les infirmières ne sont pas des consultantes en lactation, mais comme l’allaitement est une grosse partie de leur travail, je m’attendais à ce qu’elles soient un peu mieux formées que ça à ce sujet! La troisième journée, tannée d’avoir mal, j’ai demandé à voir une consultante en lactation, étant donné qu’une affiche de ma chambre d’hôpital disait que je pouvais y avoir accès. On m’a dit que la consultante était là le jour précédent (personne ne m’en avait parlé!), et qu’elle revenait seulement une fois par semaine. J’ai demandé au pédiatre de vérifier le frein de langue de ma fille, ce qu’il a fait, mais il n’a pas jugé bon de faire quoi que ce soit. Je suis retournée chez moi en ne sachant pas trop quoi faire pour m’aider.

La cinquième journée (j’étais de retour à la maison), j’étais découragée : je n’arrivais pas à mettre le bébé au sein toute seule parce que ça faisait trop mal. Mon conjoint m’aidait, mais la douleur était difficile à supporter : tout mon corps était extrêmement tendu à chaque tétée. L’infirmière du CLSC est venue me voir à la maison : elle a bien défait quelques mythes instaurés par les infirmières de l’hôpital, mais elle ne m’a pas vraiment aidée pour améliorer ma situation d’allaitement. J’ai décidé d’aller à la prochaine clinique d’allaitement du CLSC, comme elle me le suggérait. Comme je ne conduis pas, ça a été assez difficile m’y rendre, mais j’ai réussi! J’ai choisi le CLSC qui était le plus près de chez moi et le plus accessible, soit le CLSC de Longueuil-Ouest. J’ai bien aimé ma première expérience, mais je trouvais encore que tout le monde se contredisait! L’infirmière voyait bien que j’avais très mal, mais elle ne trouvait pas mon problème. Je n’ai pas pu voir la consultante parce qu’elle était très occupée. L’infirmière a recommandé une frénectomie, alors je me suis mise sur une liste d’attente. On m’a dit que ça prendrait probablement deux semaines. Deux semaines! Ça a l’air vraiment court, dit comme ça, mais après avoir vécu de la douleur exclusivement liée à l’allaitement pendant cinq jours, je voyais mal comment je pourrais endurer ça quatorze jours de plus! Surtout qu’on me répétait sans arrêt que je ne devais absolument pas introduire le biberon, sinon ça ferait échouer mon allaitement… Pendant la consultation, je me suis fait dire que je n’étais pas dans « mon » CLSC et que je devrais me rendre au CLSC Simonne-Monet-Chartrand la prochaine fois (même si ce CLSC est beaucoup plus loin de chez moi et beaucoup moins accessible!). Après huit jours de douleurs, je n’en pouvais plus : je me suis acheté une téterelle et j’ai loué un tire-lait en attendant la frénectomie; j’espérais fort que celle-ci allait tout régler. J’alternais entre l’allaitement avec une téterelle et le tire-lait (je donnais les boires à la seringue), mais ça faisait toujours mal quand même, à un degré plus faible. Je suis retournée au moins deux fois dans une clinique d’allaitement, mais il fallait toujours que je ré-explique mon problème pendant une demi-heure (je ne comprenais pas pourquoi personne ne lisait mon dossier au lieu de me faire tout redire tout le temps, étant donné que même quand j’expliquais mon histoire, les intervenantes m’écoutaient à moitié), et les infirmières et consultantes finissaient toujours par dire que mes positions étaient très bien et qu’elles ne voyaient pas le problème.

Pendant tout ce processus, j’avais des symptômes de dépression. Les infirmières ont bien détecté les symptômes et m’ont recommandé de prendre des Omega-3 pour voir si ça pourrait aider. J’ai consulté une psychologue et mon médecin de famille, alors j’ai eu un bon suivi pour ma dépression. Ma plainte ne porte pas sur ma dépression, plutôt sur l’allaitement, mais je dois le préciser, parce que c’est très important dans mon histoire!

La quinzième journée, ma fille a enfin eu la frénectomie. Elle a été effectuée par une dentiste pédiatrique. Je n’ai eu aucun suivi après la frénectomie. Au lieu d’aider, la frénectomie a empiré les choses. Ma fille avait de la misère à avaler et elle refusait catégoriquement la seringue. J’utilisais encore la téterelle, mais ça n’a pas réglé le problème : j’avais tellement mal que je ne contrôlais plus mes mouvements pendant les boires et j’avais peur de faire mal au bébé tellement je sursautais de façon violente. Je suis retournée à la clinique d’allaitement, mais je n’ai pas pu voir d’infirmière ni de consultante : il y avait trop de bébés (à quinze jours, mon bébé n’était plus la priorité). La dix-huitième journée, j’ai fini par abandonner et j’ai donné mon premier biberon de préparation commerciale en pleurant comme une madeleine. Sérieusement, j’avais beau être en amour avec ma fille, j’étais sur le bord de pitcher mon bébé à bout de bras!!! J’avais atteint le bout de mes ressources. J’ai continué à tirer mon lait, mais je ne fournissais pas assez pour la nourrir, alors j’ai fait un allaitement mixte pendant deux semaines, puis j’ai réussi à conserver une petite quantité de lait constamment renouvelée. Je me suis rendu compte assez vite que c’est beaucoup de travail, un tire-allaitement! Tirer son lait, mettre le lait dans les sacs de conservation, laver les parties amovibles du tire-lait, faire chauffer le lait, faire boire le bébé (mon bébé prenait une heure à boire deux onces)… Une pause de vingt minutes et hop! Il faut recommencer le tout (parce que bébé avait de nouveau faim). Et dire que j’ai fait ça pendant neuf mois! (Ce n’est vraiment pas une option à recommander…) Après un mois de pause d’allaitement directement au sein (j’ai aussi essayé la crème du Dr Newman à un moment donné, j’ai oublié quand… ça n’a rien donné, ça empirait même ma douleur!), j’ai recommencé à mettre ma fille au sein une fois par jour, le matin, avec des résultats mitigés. Elle ne semblait pas trop savoir quoi faire de mon sein. Mais après un ou deux mois de pratique une fois par jour, elle a retrouvé comment! Je suis retournée environ trois fois à la clinique d’allaitement, sans que qui que ce soit ne trouve c’était quoi mon problème. J’avais beau dire à l’infirmière à quel point j’étais au bout du rouleau et je n’en pouvais plus de la douleur (parce que le tire-lait, dans mon cas, ce n’était pas sans douleur! juste un peu moins douloureux que l’allaitement direct), elle ne pouvait que m’encourager à continuer mes efforts, elle n’avait rien d’autre à m’offrir. J’ai aussi rencontré un médecin spécialiste de l’allaitement, qui n’a fait que faire une deuxième frénectomie à mon bébé… Je l’ai regretté! Ça ne s’est pas aussi bien passé que la première fois : cette fois-là, bébé était tout à fait conscient que quelque chose d’étrange allait se produire, alors elle a hurlé tout le long! Et ça n’a pas réglé le problème! Je me suis surtout sentie coupable d’avoir fait vivre ça à mon bébé. Je sais très bien que la frénectomie est une opération très mineure : j’en ai vécu une quand j’étais bébé et je me porte très bien! C’est juste que j’avais l’impression que les intervenants n’avaient aucune idée quel était mon problème et me proposaient des choses au cas où ça m’aide, sans réellement savoir ce qu’ils faisaient.

Pour moi, l’allaitement exclusif des deux premières semaines a été une torture physique et mentale! Bien pire que l’accouchement! (Mais j’ai eu un accouchement qui s’est bien passé, il faut le dire!) Je considère que si tous les intervenants m’avaient donné l’information appropriée sur l’allaitement et si les médecins et la dentiste avaient bien fait leur travail en ce qui concerne les frénectomies, mon allaitement se serait beaucoup mieux passé, et ma dépression aurait été beaucoup moins grave! Je tiens à dire par contre que je suis totalement responsable de ma dépression. Je ne tiens personne responsable de ma dépression : c’est arrivé, c’est tout. Mais ma situation générale aurait été beaucoup moins pénible si on m’avait offert un soutien adéquat et des renseignements exacts en ce qui concerne l’allaitement. Je considère qu’on ne m’a pas soutenu de façon compétente.

Finalement, c’est mon accompagnante qui a trouvé le problème que personne n’avait trouvé (et elle n’est même pas consultante…) : vasospasmes. J’ai pris des suppléments pendant cinq mois, ça a aidé un peu. J’ai appris que le fait de faire sécher ses mamelons à l’air libre, comme les autres mamans faisaient, ce n’était pas la meilleure idée, avec des vasospasmes… Et que le stress, c’est vraiment la pire chose qui peut arriver dans un allaitement! Je me demande encore pourquoi les infirmières et consultantes n’ont jamais trouvé le problème des vasospasmes et ne m’ont jamais conseillé à ce sujet… Je tiens quand même à remercier une consultante très expérimentée que j’ai vu une seule fois au CLSC Simonne-Monet-Chartrand; je ne me rappelle que de son prénom : Guylaine. Je venais d’apprendre que j’avais des vasospasmes et elle m’a bien expliqué quoi faire pour atténuer ce problème. Cette personne était on ne peut plus compétente.

Il y a plusieurs choses que je regrette, dans mon histoire. J’aurais dû suivre mon instinct, qui me disait que j’en faisais trop pour mes capacités. J’aurais dû ne pas considérer l’allaitement mixte comme un échec, contrairement à ce que me faisaient sentir les infirmières. Pour moi, ce point est très important, même crucial, parce que l’allaitement mixte, ça veut quand même dire que le bébé obtient du lait maternel! Et que la maman continue à allaiter, qu’elle ne s’arrête pas complètement! J’aurais dû ne pas penser que parce que j’avais « raté mon allaitement », j’étais automatiquement une mauvaise mère. J’aurais dû ne pas m’entêter autant et m’écouter davantage. Mais je tiens quand même à dire ceci : L’allaitement n’est pas seulement une méthode d’alimentation. C’est aussi le premier test de la nouvelle maman. Il est facile pour la nouvelle maman d’associer « J’ai échoué mon premier test » avec « Je suis une mauvaise mère ». Je trouve qu’on n’en tient pas assez compte dans la promotion et le soutien à l’allaitement. Ce n’est pas de l’introduction des brocolis dans une famille dont on parle, c’est de la première expérience concrète d’une maman avec son nouveau-né! Il faudrait trouver un moyen de dissocier l’allaitement avec la qualité de la mère. Ça n’a rien à voir.

Un autre GROS problème que j’ai trouvé avec l’allaitement, c’est que les renseignements donnés par les infirmières et les consultantes en lactation (de l’hôpital et du CLSC) se contredisaient tout le temps! Si j’avais eu un suivi adéquat pour mon allaitement, la situation aurait été beaucoup moins difficile! Quand j’ai appris que les infirmières de l’hôpital ont seulement une formation de trois jours sur l’allaitement, j’étais très fâchée. TROIS JOURS, c’est loin d’être assez! Si vous voulez réellement que la situation s’améliore pour l’allaitement au Québec, je crois qu’il faudrait que les infirmières soient mieux formées et que des consultantes d’expérience soient embauchées à temps plein. Les besoins sont énormes!

 Si j’avais à résumer, je dirais que ce qui fait mal à l’initiation mais surtout à la poursuite de l’allaitement, c’est surtout 1- les renseignements contradictoires et erronés qui circulent, 2- le soutien de mauvaise qualité et 3- le dogmatisme. J’ai déjà parlé du premier et du deuxième point; pour le troisième, c’est juste que les règles comme « Aucun biberon si on allaite, jamais, jamais, jamais » et « Aucune suce si on allaite, jamais, jamais, jamais », il me semble que ça n’aide pas la situation. Je comprends pourquoi ces règles sont énoncées (c’est plus difficile de faire téter correctement un bébé qui s’est habitué au biberon et à la suce), mais le fait de dire que c’est complètement exclu, ça donne l’impression à la mère qu’elle n’a aucune autre option que d’arrêter l’allaitement si elle a des difficultés, alors qu’elle pourrait très bien donner un biberon une fois sur deux et voir ce que ça donne! Si elle en est rendue là (donner un biberon une fois sur deux), c’est toujours mieux que d’arrêter complètement l’allaitement… Et par la suite, il y a une possibilité qu’elle puisse reprendre l’allaitement exclusif si possible… On dirait qu’il y a une directive très rigide qui dit « Le seul allaitement possible, c’est l’allaitement exclusif », mais je trouve que ça n’aide personne, surtout quand le soutien fourni n’est pas très efficace…

Et je tiens à dire que j’ai rencontré tout plein de gens qui étaient pleins de bonne volonté et qui, avec les bons renseignements, m’auraient beaucoup aidée, alors j’ai bien l’impression qu’il y a encore de l’espoir!

Mais je tiens fermement à faire une plainte officielle pour le soutien de mauvaise qualité que j’ai reçu de la part des intervenants de l’hôpital de LaSalle, du CLSC Simonne-Monnet-Chartrand, du CLSC Longueuil-Ouest et du CLSC St-Hubert. Si vous voulez réellement que la situation s’améliore en ce qui a trait à l’allaitement, je vous prie d’améliorer le soutien offert.

 

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