Traduction d’un texte intéressant – Culpabilité

Je viens de lire un billet qui m’a semblé intéressant et qui traite du sentiment de culpabilité. Voici l’article dans sa version originale (en anglais) : http://evolutionaryparenting.com/debunking-the-myth-of-mommy-guilt-why-a-dose-of-it-is-actually-a-good-thing/

Je ne suis pas complètement d’accord avec tout ce qui est dit, mais je trouve que c’est une réflexion qui fait du bien! Ça fait changement des habituels « Ne te sens pas coupable, mais… ».

J’ai produit une traduction de ce texte. Je n’en suis pas tout à fait satisfaite, alors si vous avez des commentaires (constructifs S.V.P.), je vous invite à commenter dans la section prévue à cet effet! 🙂

Démystifier le sentiment de culpabilité des mères* : Pourquoi le fait de ressentir un peu de culpabilité est une bonne chose, en réalité

Dans les pays occidentaux, il semble que les femmes plaident de plus en plus pour un modèle de parentalité « sans culpabilité » en réaction à l’incontournable problème de « culpabilité des mamans » (Mommy Guilt). Il existe des livres, des blogues et des articles qui abordent la culpabilité des mères. Un grand nombre des auteurs qui écrivent sur le sujet soutiennent que peu importe ce que vous faites, vous ne devriez pas vous sentir coupable; en d’autres mots, qu’en tant que parent, quoi que vous fassiez, votre décision est valable. La plupart de ces auteurs vous diront que la culpabilité est une émotion nuisible dont nous devrions tous nous débarrasser et qu’une personne qui se sent coupable n’en retire absolument rien, en particulier lorsqu’il s’agit d’un choix lié à la parentalité. Ce raisonnement est complètement et indéniablement faux.

Avant d’examiner la culpabilité des mères en tant que telle, il faut traiter de la question de la culpabilité en général. Plus particulièrement, de l’idée que la culpabilité est une émotion nuisible, qui n’aide personne. Effectivement, quand on se sent coupable, on se sent misérable : nous connaissons tous cette impression d’avoir l’estomac noué qui accompagne la culpabilité. Dans ces cas-là, on souhaite désespérément rectifier les choses, on a l’impression qu’on ne peut « rien y faire » et on veut simplement que l’émotion qui nous assaille disparaisse, de façon permanente. Mais même si le fait de ressentir cette émotion est très désagréable, cela ne veut pas dire pour autant que c’est une émotion nuisible. En fait, il s’agit d’une émotion utile justement parce qu’on se sent si misérable quand on la ressent.

Malheureusement, l’être humain est beaucoup plus sensible aux émotions et aux situations négatives qu’il ne peut l’être à celles qui sont positives[1]. Cela signifie que nous sommes plus enclins à apprendre lorsque des choses négatives se produisent. Par exemple, si un vol a lieu dans votre maison, vous regarderez votre logis d’un nouvel œil afin de trouver ce que vous pourriez faire pour éviter que la situation se reproduise : vous tirez des leçons de l’expérience. Si vous ne tenez pas du tout compte des choses négatives et que vous tentez de vous concentrer uniquement sur les choses positives, cette attitude ne vous sera pas aussi bénéfique. En fait, il a été démontré que les gens qui sont imperméables aux points négatifs (et qui se concentrent seulement sur les points positifs) sont portés à vivre des événements négatifs et à mourir plus rapidement que les autres[2]… Disons que je considère cela comme un résultat indésirable. Du point de vue de l’évolution, le fait de distinguer le positif du négatif (ou le bien du mal) se justifie parce que le négatif peut être tellement négatif (par exemple, la mort) que nous devons apprendre à l’éviter. Même si les tigres et les ours ne sont plus réellement une grande menace pour nous (la plupart du temps), nous réagissons encore à la négativité. La culpabilité fait référence à une situation émotionnelle négative qui concerne des circonstances sociales. Comme dans l’exemple du vol donné ci-dessus, la culpabilité nous dit que quelque chose de négatif s’est produit, et plus particulièrement que c’est une situation que nous avons provoqué. Et toujours comme l’exemple nous le démontre, on doit aussi apprendre de cette émotion qui monte. Si vous oubliez d’aller chercher un ami à l’aéroport comme prévu, vous vous sentirez mal (ce qui est normal) et le sentiment de culpabilité vous forcera à vous demander pourquoi vous avez oublié et comment vous pouvez éviter de vous comporter en goujat à l’avenir. Vous vous sentirez pitoyable pendant un moment, mais on peut espérer que le fait d’avoir ressenti cette émotion vous aidera à devenir une meilleure personne par la suite. En effet, les gens qui éprouvent davantage de culpabilité ont tendance à avoir plus de facilité à coordonner les points de vue[3], à faire davantage preuve d’empathie envers autrui[4][5][6], à adopter plus de comportements prosociaux[7] et à avoir des valeurs qui se rapprochent de l’égalité et de la bonté[8]. La culpabilité ne semble plus si négative, n’est-ce pas?

Voilà pourquoi la « culpabilité des mamans » est essentielle à la parentalité. On apprend grâce à la culpabilité; elle nous aide à devenir un meilleur parent. Et si vous n’êtes pas capable d’apprendre de vos erreurs en tant que parent, alors vous êtes condamné à reproduire vos erreurs maintes et maintes fois. Même quand elle a seulement une toute petite incidence, la culpabilité joue un rôle important. Un jour, je marchais en tenant ma fille dans mes bras et j’ai accidentellement frappé sa tête sur un mur en tournant un coin. Ma fille s’est mise à pleurer; cependant, ce qui me faisait réellement sentir misérable était le fait que c’était moi qui l’avais blessée. Cet incident est arrivé il y a plusieurs mois, mais je me suis tellement sentie pitoyable à ce moment-là, que chaque fois que je tourne un coin  et qu’elle est dans mes bras, je suis beaucoup plus consciente de ce qui m’entoure, car je veux m’assurer que ça ne se produise plus jamais.

[…]

Par contre, vous vous demandez sûrement pourquoi tout le monde parle en mal de la « culpabilité des mamans », si elle est une si bonne chose… Premièrement, certaines personnes se prononcent contre ce type de culpabilité parce qu’elles ne veulent pas être tenues responsables de leur propre comportement et devoir faire des changements dans leur vie. […] Personne n’est parfait; nous faisons tous des erreurs. La culpabilité est notre façon, à nous, les êtres humains, de nous rappeler que nous avons besoin de progresser dans un domaine, et c’est un message qu’il est important d’écouter. Deuxièmement, et cette question est primordiale, les gens ont tendance à se sentir coupables pour trop de raisons, et ces raisons n’ont pas toutes un lien avec ce qui convient au bébé et à la maman, mais plutôt avec ce que les gens croient que « la société » leur dicte de faire.

Il est aussi possible que lorsqu’on dit « la culpabilité des mamans » (Mommy Guilt), on veut plutôt dire « la honte des mamans » ou « la culpabilisation des mamans ». Quand on parle de honte ou de culpabilisation, la personne se perçoit comme inférieure. Cette réaction se produit typiquement en réaction à un phénomène social, alors que la culpabilité constitue plutôt un sentiment de regret par rapport à une faute commise[9]. La culpabilité a été liée à des résultats positifs (mentionnés ci-dessus), comme l’empathie et des comportements prosociaux, mais ni la honte ni la culpabilisation ne présentent de telles corrélations. Certains ont dit que la honte est associée au désir de détruire des aspects de soi-même, alors que la culpabilité donnerait plutôt envie à la personne qui la ressent de « détruire » des aspects de son comportement[10]. Cette différence est cruciale parce qu’on ne devrait jamais chercher à avilir quelqu’un de cette façon (culpabilisation), et parce que nous devons aussi reconnaître que la culpabilité n’a pas cet effet-là. Une personne peut ne pas être fière de certaines actions sans que cela influence son identité profonde.

En conclusion, une mère ne devrait pas se sentir forcée de se sentir coupable à cause de certaines actions et ne devrait pas ressentir de la honte. Toutefois, si vous vous sentez coupable, vous devriez explorer cette émotion. Si vous ne faites que repousser la culpabilité sans cesse ou si vous récitez des mantras qui refusent ce sentiment, cela ne vous aide pas du tout, car ça vous permet seulement de maîtriser l’art d’ignorer ses propres instincts. Le fait est que vous vous sentez coupable pour une raison bien précise; vous devriez explorer pourquoi vous vous sentez coupable. La culpabilité est une émotion puissante qu’on ne devrait pas négliger, surtout si c’est pour essayer de la remplacer par une attitude de laxisme. Si vous écoutez votre émotion de culpabilité, vous pouvez l’utiliser pour créer quelque chose de positif. Cette émotion peut faire de vous une meilleure personne et, surtout, un meilleur parent.

* Ajout à la traduction : Ce texte pourrait s’appliquer aussi à des pères. Si vous êtes un père et que vous vous reconnaissez, changez toutes les occurrences de « mère » par « père » et toutes celles de « maman » par « papa ». 🙂

[1] Baumeister RF, Bratslavsky E, Finkenauer C, & Vohs KD. Bad is stronger than good. Review of General Psychology (2001); 5: 323-370.

[2] Ibid.

[3] Leith KP & Baumeister RF. Empathy, shame, guilt, and narratives of interpersonal conflicts: Guilt-prone people are better at  perspective-taking. Journal of Personality (1998); 66: 1-37.

[4] Thompson RA & Hoffman ML. Empathy and the development of guilt in children. Developmental Psychology (1980); 16: 155-156.

[5] Tangney JP. Moral affect: The good, the bad, and the ugly. Journal of Personality and Social Psychology (1991). 61: 598-607.

[6] Hoffman ML. Varieties of empathy-based guilt. In Guilt and Children ed. J Bybee (1998); 4: 91-112. New York: Academic.

[7] Ibid.

[8] Silfver M, Helkama K, Lönnqvist J-E, & Verkasalo M. The relation between value priorities and proneness to guilt, shame, and empathy. Motivation and Emotion (2008); 32: 69-80.

[9] Eisenberg, N. Emotion, regulation, and moral development. Annual Review of Psychology (2000); 51: 665-697.

[10] Ibid, citing: Niedenthal PM, Tangney JP, & Gavanski I. “If only I weren’t” versus “If only I hadn’t”: Distinguishing shame and guilt in counterfactual thinking. Journal of Personality and Social Psychology(1994); 67: 584-595.

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Auteur : petitesvagues

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