La dépression post-partum

contentbg_wid

Déjà, à la base, la dépression n’est pas facile à diagnostiquer. Qu’est-ce qui distingue une « simple » déprime d’une dépression en tant que tel? Ce n’est pas évident. Pour la dépression post-partum, il faut ajouter un degré de difficulté, parce que 1- l’arrivée d’un nouveau bébé est une période très intense, tant au niveau physique (fatigue accumulée, rétablissement après l’accouchement, douleurs diverses, etc.) que psychologique (abnégation de soi, ajustements divers (dans le couple, avec les autres enfants, avec la famille élargie, etc.) et 2- il faut distinguer la dépression du « baby blues » (un état de tristesse et de fatigue qui dure généralement deux ou trois jours, et qui survient dans les deux semaines suivant l’accouchement). Avec tous ces facteurs, comment distinguer ce qui est « normal » de ce qui ne l’est pas?  Comment on fait pour dire « OK là, je crois que je fais une dépression »? Quand on lit la liste des symptômes (celle du gouvernement du Québec est ici, mais celle qui m’a le plus interpellée est ici [à prendre avec un grain de sel]; il y a aussi cette description de l’organisme Revivre), on se rend bien compte que chacun des éléments pourrait être expliqué par bien des choses (l’exemple le plus frappant est « trouble du sommeil et insomnie grave » : ben je m’occupe d’un bébé naissant là, le sommeil, on oublie ça!). Je n’ai malheureusement pas de réponse claire à ces questions, mais je peux vous donner quelques exemples tirés de mon expérience. Il est important de souligner que je décris seulement MON expérience de la dépression post-partum; il y a plusieurs « façons » de la vivre et les symptômes sont divers. Je dirais que lorsque vous lisez la liste des symptômes, si la plupart s’appliquent à votre situation, l’important est de vous demander « Avec quelle intensité ces symptômes ont-ils une incidence sur ma vie quotidienne? » Si votre vie est grandement affectée par ces symptômes, il est possible que vous fassiez une dépression.

Pour les gens qui sont plus cartésiens (ou les adeptes des psychotests!), faites le tour de la liste des symptômes et donnez une note à chacun des symptômes. Par exemple, si on prend « une grande fatigue ou une perte d’énergie », demandez-vous : « À quel point ce symptôme m’affecte-t-il dans ma vie quotidienne? » et donnez-vous une note sur 10. Faites cet exercice pour tous les symptômes. Vous aurez alors une meilleure idée générale de votre état dans votre vie quotidienne.

Voici les choses qui m’ont marquée personnellement :

Je ne me reconnaissais plus. Par exemple, je suis une personne qui aime habituellement beaucoup passer du temps en dehors de la maison. Toutefois, quatre mois après avoir accouché, il fallait que mon chum (qui est très casanier!) se chicane avec moi pour que je mette un pied dehors! Comprenez-moi bien, je sais qu’il est normal pour une nouvelle maman de passer davantage de temps à la maison qu’avant, mais dans mon cas, c’était carrément une phobie de l’extérieur… Je ne restais pas en dedans parce que j’aimais ça, je restais en dedans parce que j’avais peur du dehors! (Ça illustre bien ce que je veux dire par l’intensité des symptômes : si j’avais passé le premier mois exclusivement à la maison, et qu’ensuite j’avais recommencé à sortir un peu, tranquillement, ça n’aurait pas été un problème; l’intensité de mon isolement n’aurait pas été problématique. Mais dans mon cas, c’était un réel problème!) Fait étrange : Ce qui m’a frappée, c’est que depuis que je suis en dépression, je ne pleure plus… C’est comme si je suis incapable d’exprimer mes émotions par les pleurs. La plupart du temps, quand j’ai une émotion, c’est la colère ou la tristesse, mais sans pleurs. C’est assez différent de ce qu’on s’imagine quand on pense au stéréotype de la personne en dépression!

J’avais des obsessions morbides (on m’a aussi dit que ça pouvait être des phobies d’impulsion). À ce sujet, je vous recommande l’excellent reportage de l’émission Une pilule, une petite granule (cliquez sur « Voir le segment »). En gros, c’étaient des flashes inquiétants qui me faisaient beaucoup souffrir (c’était moins intense que dans le reportage, mais souffrant quand même). Vous savez le genre de pensées qui donnent envie aux gens d’appeler la DPJ quand vous les décrivez? J’avais aussi l’impression que je ne pouvais pas me faire confiance.

Mon niveau d’énergie était incroyablement bas. Au début, je me disais que ça devait être normal, que je devais me rétablir de l’accouchement et du manque de sommeil (et c’était bien vrai!). Mais au fil des mois, je me suis rendu compte que j’avais réellement un problème de manque d’énergie. Je pouvais passer au moins une heure à regarder un mur!

J’avais des « downs » épeurants. Par exemple, un soir, j’ai passé une heure dans mon lit à me dire que je voulais mourir. Ce qui avait déclenché ça? J’avais échappé un contenant de lait maternel… Réaction disproportionnée. En général, mon humeur était plutôt bonne, mais il m’arrivait régulièrement d’avoir des « downs » soudains, sans raison apparente, comme si je perdais le contrôle de mes émotions une fois de temps en temps.

Comme la plupart des mamans qui font une dépression post-partum, je me suis souvent dit que je ne comprenais pas pourquoi j’étais si triste ou si mal en point psychologiquement, que j’avais un beau bébé en santé, que je dormais relativement bien comparativement à d’autres mamans, que j’avais un bébé facile, etc. Mais comme je l’ai finalement compris, on ne choisit pas de faire une dépression, on la subit. Les circonstances positives de ma situation ne changeaient pas le fait que j’avais perdu le contrôle de mon humeur. Il m’a fallu faire beaucoup de travail sur moi-même (et prendre des médicaments, même si j’étais totalement contre l’idée…) pour me retrouver. Je vois une psychologue depuis plusieurs mois, et ça me fait beaucoup de bien!

Alors, si vous pensez que vous faites une dépression post-partum : Courage! C’est une période difficile, mais dans le cours de votre existence, ce sera seulement une toute petite partie de votre vie! Et c’est une période où on apprend beaucoup de choses sur soi-même… Et si vous n’êtes toujours pas certaine, parlez à quelqu’un, que ce soit un membre de votre famille, un ami, un psychologue, etc., peu importe à qui vous parlez; tant que c’est quelqu’un avec qui vous êtes à l’aise de vous exprimer. Le mieux c’est de trouver un espace où on peut tout dire et vivre nos émotions sans avoir l’impression d’être un fardeau pour les autres. Et c’est certain que le simple fait de sortir prendre une marche, ça fait du bien : de l’air frais, un peu de soleil (ça a des bienfaits physiques!) et un peu d’exercice. Ça a l’air un peu niaiseux comme conseil, mais c’est une activité facile à faire et qui aide beaucoup!

Si vous ne savez pas par où commencer, vous pouvez appeler le 811 (Info-Santé), et l’on vous indiquera les services liés à la dépression qui sont offerts dans votre région (si vous êtes à Montréal, il y a par exemple les groupes d’entraide de l’organisme Revivre). J’ai appris dernièrement qu’Info-Santé offre aussi la possibilité de parler à un travailleur social / une travailleuse sociale (sans que vous ayez à donner votre nom ou vos coordonnées). Voici aussi le site de l’Ordre des psychologues, où vous pouvez trouver un soutien psychologique au privé :

http://www.ordrepsy.qc.ca/fr/public/trouver-un-professionnel/obtenir-une-reference-au-prive.sn

Bon courage! XXX

stay at home mothers depression

Advertisements

Auteur : petitesvagues

Ma photo de profil est un dessin de la bande dessinée La petite patrie (Julie Rocheleau et Normand Grégoire)

6 thoughts on “La dépression post-partum”

Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l’aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s